Date stellaire 3080-7-15
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Ce commandant posséde 21 systèmes solaires.
Ce commandant dirige environ 283,011 milliards de personnes.
Assis depuis de longues heures à son terminal militaire de travail, le stabsoberleutnant Anatoli Borowski compulsait les derniers rapports géostratégiques en sa possession, et n’en finissait pas de modifier les données périmées. Le fond sonore de la ventilation et la lumière crue des brilleurs muraux se reflétant sur le béton gris et nu ne manquaient pas de rendre la tâche encore plus fastidieuse, mais être fonctionnaire militaire dans une dictature payait bien. Dans sa situation, il ne risquait certainement pas d’être envoyé dans une périlleuse mission d’exploration ou de se retrouver en garnison dans un ennuyeux monde frontière de la Bordure. Son petit bureau se trouvait dans une annexe du Commissariat du Peuple à l’armée sur Port-Romance : un sordide et vétuste bunker souterrain datant de la Grande Guerre Civile. Son travail intellectuel consistait lui à recouper les différentes informations provenant des services secrets, des renseignements généraux de l’armée et des sources officielles de l’Institut Galactique pour dresser un fichier actualisé du panorama géopolitique des frontières de la République.
A n’en pas douter, un tel dossier mis à jour régulièrement constituait une importante réserve de renseignements utiles lorsque l’OberKommando de la NVA devait prendre des décisions ou élaborer un plan. Depuis quelques jours, la majeure partie de ses vérifications reposaient sur des données d’ordre écologiques, et ne concernant pour la plupart que des mondes éloignées de la République. Cependant, Anatoli notait avec un amusement cynique le nombre grandissant de systèmes pollués passés de la propriété cybérianne à la neutralité. La guerre touchait à sa fin, sans qu’il en fût le moins du monde concerné.
Récemment, la Commission Ecologique de l’Institut Galactique, un organe officiel de l’IG chargé d’évaluer et de répertorier l’état écologique et les variations environnementales sur les planètes de Septentrion, avait rendu public une actualisation partielle du Registre Galactique. Jusque là, rien d’anormal. Outre le fait que ces opérations ponctuelles devenaient monnaie courante, elles étaient surtout responsables du surcroît de travail d’Anatoli ces derniers jours. Basés sur les travaux du célèbre Professeur Fuyutzuki, un scientifique « vert jusqu’au bout des doigts », les rapports publiés classaient les objets stellaires de Septentrion selon les cinq niveaux l’échelle écologique Arkadia, allant de l’utopique « non pollué » (1) à l’extrême « pluies acides » (5). Le stabsoberleutnant Borowski terminait presque sa tâche quotidienne lorsqu’il fit apparaître à l’écran le dossier 8358. Aussitôt, une routine de sécurité s’activa sur son terminal et lui demanda son code d’accès personnel. Une procédure plutôt inhabituelle.
_ Et merde, qu’est-ce que c’est encore que cette connerie ?
Méfiant, Anatoli renseigna le champ et accéda enfin au contenu du dossier protégé. A première vue, rien ne semblait inquiétant ou nécessitant une mise à niveau de sécurité. Le dossier 8358 portait sur une petite planète du nom de Star-Spangled, que le rapport du Professeur Fuyutzuki reclassait de la catégorie 2 « peu polluée » à la catégorie 3 « polluée ». Même si cette nouvelle évolution était regrettable pour les habitants de la planète, ce statut concernait malheureusement beaucoup d’autres astres de Septentrion sans pour autant susciter un intérêt quelconque de la part de la communauté galactique. A y regarder de plus près, la planète se trouvait dans l’espace frontalier immédiat de la République. Voilà peut être pourquoi le dossier se retrouvait protégé. Mais Anatoli jura à voix haute en apercevant en bas de mémo le sigle clignotant d’une note blanche ! Une note blanche indiquait que le dossier était connexe à un fichier actif ou sensible de l’OberKommando de la NVA, et que toute modification devait être rapportée immédiatement à l’OK-NVA par le canal prioritaire. En gros, des soucis potentiels... Tout en maudissant dans les termes les plus sombres le Professeur Fuyutzuki pour ses idéaux écologiques, Anatoli Borowski corrigea les informations environnementales de Star-Spangled, et renvoya le dossier selon le protocole en vigueur.
Assez pour aujourd’hui. Il avait eu sa dose d’émotions fortes, et l’envie d’un bon café le pris soudainement. A présent, il se délectait d’avance à l’idée de prendre un peu de bon temps au Moskva Café, haut lieu de détente sur la Karl-Marx-Allee. Il pourrait même y aller avec Piotr et Konstantin. Oui, cette idée était décidément très bonne : Konstantin lui devait encore un peu d’argent, une histoire de paris et de dettes. Avec un peu de chance, il lui avancerait les premiers verres. Anatoli venait à peine d’enfiler sa veste quand le bruit d’un appel subcom résonna. Personne ne l’appelait jamais sur son subcom (ses amis le joignait sur son persoc), et encore moins à l’heure de la sortie. Etonné, Anatoli décrocha l’esprit ailleurs l’appel qui allait changer le cours de sa vie.
_ Herr stabsoberleutnant Borowski ? Le camarade commissaire Andronev souhaiterais discuter un moment avec vous. Que diriez-vous de passer après votre service de 18.00 à l’antenne locale de la STASI ?
_ . . .
_ Bien, à tout de suite Herr Borowski.
Le visage soudain blafard d’Anatoli Borowski n’exprimait plus rien d’humain. Certainement, Anatoli serait en retard pour le dîner du soir...
NVA : National Volks Armee, ou Armée du Peuple. Nom donné à l’ensemble de l’armée de la République de Port-Romance. La NVA regroupe les quatre branches traditionnelles de l’armée : la Heer (armée de terre), la Luftwaffe (aviation de combat), la Kriegsmarine (marine de guerre), et la Spatialflotte (forces spatiales).
OberKommando de la NVA : Etat-major de la NVA.
Stabsoberleutnant : grade militaire administratif de la NVA, équivalent au standard « oberleutnant » (ou lieutenant). Réservé exclusivement au personnel administratif de l’armée.
STASI : abréviation de Staatssicherheit, ou Sécurité d’Etat. La Stasi est le service de police politique, de renseignements, d’espionnage et de contre-espionnage du régime de la RPS de Port-Romance.
Persoc : implant cybernétique rudimentaire connecté à l’Intranet de la République.
Derniere édition le 2008-02-08-05-04 par RPS Port-Romance
A n’en pas douter, un tel dossier mis à jour régulièrement constituait une importante réserve de renseignements utiles lorsque l’OberKommando de la NVA devait prendre des décisions ou élaborer un plan. Depuis quelques jours, la majeure partie de ses vérifications reposaient sur des données d’ordre écologiques, et ne concernant pour la plupart que des mondes éloignées de la République. Cependant, Anatoli notait avec un amusement cynique le nombre grandissant de systèmes pollués passés de la propriété cybérianne à la neutralité. La guerre touchait à sa fin, sans qu’il en fût le moins du monde concerné.
Récemment, la Commission Ecologique de l’Institut Galactique, un organe officiel de l’IG chargé d’évaluer et de répertorier l’état écologique et les variations environnementales sur les planètes de Septentrion, avait rendu public une actualisation partielle du Registre Galactique. Jusque là, rien d’anormal. Outre le fait que ces opérations ponctuelles devenaient monnaie courante, elles étaient surtout responsables du surcroît de travail d’Anatoli ces derniers jours. Basés sur les travaux du célèbre Professeur Fuyutzuki, un scientifique « vert jusqu’au bout des doigts », les rapports publiés classaient les objets stellaires de Septentrion selon les cinq niveaux l’échelle écologique Arkadia, allant de l’utopique « non pollué » (1) à l’extrême « pluies acides » (5). Le stabsoberleutnant Borowski terminait presque sa tâche quotidienne lorsqu’il fit apparaître à l’écran le dossier 8358. Aussitôt, une routine de sécurité s’activa sur son terminal et lui demanda son code d’accès personnel. Une procédure plutôt inhabituelle.
_ Et merde, qu’est-ce que c’est encore que cette connerie ?
Méfiant, Anatoli renseigna le champ et accéda enfin au contenu du dossier protégé. A première vue, rien ne semblait inquiétant ou nécessitant une mise à niveau de sécurité. Le dossier 8358 portait sur une petite planète du nom de Star-Spangled, que le rapport du Professeur Fuyutzuki reclassait de la catégorie 2 « peu polluée » à la catégorie 3 « polluée ». Même si cette nouvelle évolution était regrettable pour les habitants de la planète, ce statut concernait malheureusement beaucoup d’autres astres de Septentrion sans pour autant susciter un intérêt quelconque de la part de la communauté galactique. A y regarder de plus près, la planète se trouvait dans l’espace frontalier immédiat de la République. Voilà peut être pourquoi le dossier se retrouvait protégé. Mais Anatoli jura à voix haute en apercevant en bas de mémo le sigle clignotant d’une note blanche ! Une note blanche indiquait que le dossier était connexe à un fichier actif ou sensible de l’OberKommando de la NVA, et que toute modification devait être rapportée immédiatement à l’OK-NVA par le canal prioritaire. En gros, des soucis potentiels... Tout en maudissant dans les termes les plus sombres le Professeur Fuyutzuki pour ses idéaux écologiques, Anatoli Borowski corrigea les informations environnementales de Star-Spangled, et renvoya le dossier selon le protocole en vigueur.
Assez pour aujourd’hui. Il avait eu sa dose d’émotions fortes, et l’envie d’un bon café le pris soudainement. A présent, il se délectait d’avance à l’idée de prendre un peu de bon temps au Moskva Café, haut lieu de détente sur la Karl-Marx-Allee. Il pourrait même y aller avec Piotr et Konstantin. Oui, cette idée était décidément très bonne : Konstantin lui devait encore un peu d’argent, une histoire de paris et de dettes. Avec un peu de chance, il lui avancerait les premiers verres. Anatoli venait à peine d’enfiler sa veste quand le bruit d’un appel subcom résonna. Personne ne l’appelait jamais sur son subcom (ses amis le joignait sur son persoc), et encore moins à l’heure de la sortie. Etonné, Anatoli décrocha l’esprit ailleurs l’appel qui allait changer le cours de sa vie.
_ Herr stabsoberleutnant Borowski ? Le camarade commissaire Andronev souhaiterais discuter un moment avec vous. Que diriez-vous de passer après votre service de 18.00 à l’antenne locale de la STASI ?
_ . . .
_ Bien, à tout de suite Herr Borowski.
Le visage soudain blafard d’Anatoli Borowski n’exprimait plus rien d’humain. Certainement, Anatoli serait en retard pour le dîner du soir...
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NVA : National Volks Armee, ou Armée du Peuple. Nom donné à l’ensemble de l’armée de la République de Port-Romance. La NVA regroupe les quatre branches traditionnelles de l’armée : la Heer (armée de terre), la Luftwaffe (aviation de combat), la Kriegsmarine (marine de guerre), et la Spatialflotte (forces spatiales).
OberKommando de la NVA : Etat-major de la NVA.
Stabsoberleutnant : grade militaire administratif de la NVA, équivalent au standard « oberleutnant » (ou lieutenant). Réservé exclusivement au personnel administratif de l’armée.
STASI : abréviation de Staatssicherheit, ou Sécurité d’Etat. La Stasi est le service de police politique, de renseignements, d’espionnage et de contre-espionnage du régime de la RPS de Port-Romance.
Persoc : implant cybernétique rudimentaire connecté à l’Intranet de la République.

Le blason de la STASI
Derniere édition le 2008-02-08-05-04 par RPS Port-Romance
| " Un mort, c'est une tragédie. Un milion, une statistique. " |
Ce commandant posséde 21 systèmes solaires.
Ce commandant dirige environ 283,011 milliards de personnes.
Confortablement calé dans son fauteuil en cuir, le generalmajor Sebastian Helder profitait agréablement du luxe de sa fonction en fumant un cigare corsé, dont l’épaisse fumée à la senteur de noisette se répandait dans la pièce. Les volutes de fumée dessinaient d’étonnantes arabesques, auxquelles Helder mis un terme en soufflant lentement dessus. Les cigares, ainsi que bon nombre de produits rares et exotiques importés sur Port-Romance, provenaient de la contrebande à la frontière gurak. Une nuisance discrète qu’il était cependant de bon ton d’entretenir. Passant pour cultivé et discret parmi le cercle des officiers, Helder se satisfaisait pleinement d’un poste à l’Etat-major de la NVA. Au contraire de bon nombre de ses camarades, il n’avait pas les qualités humaines et de commandement requises pour un poste sur le terrain. De fait, sa place avait toujours été ici, et nulle part ailleurs. Alors qu’il laissait son esprit vagabonder sur les aléas d’une carrière, un courant d’air frais fit frissonner Sebastian. Cela semblait de toute évidence contraire à ce que l’on pouvait attendre d’un poste au Commissariat du Peuple à l’armée en terme de qualité de vie. Prestement, Helder activa le réseau subcom.
_ Yuifan, il m’est pénible de devoir travailler par une température aussi fraîche. Veuillez remonter mon bureau de trois degrés tout de suite.
Le generalmajor Sebastian Helder était le responsable du 3è Bureau de l’OberKommando de la NVA. A ce titre, il s’occupait principalement de tout ce qui concernait l’extension territoriale de la République, et établissait les plans d’Etat-major pour les opérations militaires possibles. Un travail stratégique et d’une importance vitale pour la bonne marche de l’armée. Dans la pratique, l’espace territorial de la zone humaine étant solidement tenu sous le contrôle de la puissante UCE, et la République entretenant des relations cordiales avec les nations frontalières, il ne restait pas beaucoup d’opportunités de développement pour Port-Romance. Aussi, d’une manière logique et naturelle, le generalmajor Helder avait-il orienté l’axe principal des études de son 3è Bureau sur les rares planètes indépendantes du secteur : des proies faciles et un risque de conflit limité. Ce choix laissait cependant une perspective de croissance relativement faible, mais il fallait aussi savoir se contenter de ce qu’on avait lorsque la situation l’exigeait. Dans une galaxie où les alliances faisaient les empires, Port-Romance devait jouer des coudes pour simplement prétendre exister.
Ces derniers temps, le 3è Bureau se trouvait peu sollicité, travaillant sans pression. En effet, la NVA s’était engagée dans un important projet de réarmement spatial, et le dernier plan quinquennal avait donné la priorité aux actions du 2è Bureau, spécialisé dans l’équipement des forces armées, la logistique opérationnelle et l’intendance. On était donc bien loin de préparatifs d’attaque, et Helder goûtait à une tranquillité appréciée. Aussi fut il particulièrement irrité quand sa secrétaire le dérangea sur son subcom.
_ Herr generalmajor, le stabshauptmann Vilshofen souhaiterais s’entretenir avec vous immédiatement.
_ Et bien qu’il entre !
Affichant un air distant que seul l’ennui lui prêtait, Sebastian Helder accueillit son subordonné froidement.
_ Alors, qu’y a-t-il ?
_ Herr generalmajor, il semble que nous ayons un léger souci. Un de nos administrateurs a récemment modifié les données techniques d’un de nos plans d’expansion territoriale : le Plan 8358.
Le Plan 8358? Oui, Sebastian avait déjà lu ça quelque part. Faisant appel à sa remarquable mémoire, il chercha des détails plus précis sur ce projet parmi tant d’autres. Il concernait une petite planète sans histoire en bordure de la République. Un plan d’invasion devait effectivement traîner dans les cartons du 3è Bureau (comme pour toutes les planètes neutres alentours du reste), mais les responsables de l’OK-NVA n’avaient pas activé les préparatifs du Plan. A première vue, rien qui ne justifiait un tel remue-ménage. Helder s’impatienta un peu plus.
_ Et ensuite ? En quoi cela nous préoccupe t’il aujourd’hui ?
Hésitant, le stabshauptmann Vilshofen reprit son exposé.
_ Hé bien, en temps normal nous nous contentons simplement de corriger les nouveaux paramètres pour que le plan redevienne viable...
_ Je sais cela !
_ ... mais cette foi-ci, il apparaît que nous devions procéder à un abandon du plan en bonne et due forme. Les modifications concernent l’environnement du système, qui ne devrait cesser de se dégrader jusqu’à ce que la planète soit inhabitable, sont trop importantes et rendent toute conquête impossible.
Un abandon ? La mauvaise nouvelle ! La République disposait à l’origine de peu d’espace pour sa croissance, mais s’il fallait en plus se passer des possibilités d’expansion les plus proches, l’avenir géopolitique se compliquait sérieusement. Comble de malchance, les conclusions de son subordonné semblaient logiques. Peu convaincu, Helder essaya malgré tout de pousser la réflexion un peu plus loin.
_ D’où vous vient cette idée aussi extrémiste ? N’y a-t-il vraiment rien à faire ?
_ Nos espions sur place ont confirmé le rapport de la Commission Ecologique de l’Institut Galactique. Les modifications à apporter pour inverser la tendance coûteraient à moyen terme beaucoup plus cher que ce que nous espérions retirer de ce système, pour un résultat assez aléatoire. Le Commissariat du Peuple à l’économie ne débloquera jamais les crédits nécessaires pour ce genre de travaux. Autant étouffer tout de suite ce projet.
_ Alors l’affaire est entendue. Je vais devoir faire un mémo au commissaire du Peuple à l’armée, ce vieux ronchon d’Ernst Jünger, pour résumer la situation. Pas besoin de l’ennuyer avec des détails. Faites le nécessaire pour archiver le Plan 8358 en toute discrétion. Il vaut mieux qu’on ne pose pas trop de questions.
_ Oui, Herr generalmajor.
_ Qui d’autre est au courant que nous classons ce dossier ?
_ Seulement notre administrateur. L’interrogatoire du stabsoberleutnant qui a traité le dossier a révélé qu’il ne savait rien d’autre que les données publiques, et qu’il avait agi dans le cadre de son travail. Cependant, pour éviter qu’il puisse en apprendre davantage sur le projet 8358, il a été muté sur le monde frontière de Néo Karkhov.
_ Bien. Maintenez quand même une surveillance discrète sur ses activités et sa famille pendant quelques cycles. Il y a des risques que vous et moi ne pouvons courir, nicht war ?
_ Bien sûr, Herr generalmajor !
_ Disposez.
La petite entrevue se termina de manière aussi officieuse qu’elle avait commencé. Certes, Helder était rassuré sur le secret de ses plans, mais la nouvelle situation le mettait dans un désagréable embarras. La probabilité de devoir s’expliquer devant le generalfeldmarschall Ernst Jünger ne l’enchantait pas. Le commissaire du Peuple à l’armée, distingué Héros du Peuple de Port-Romance pendant la Grande Guerre Civile, n’aimait pas qu’on le contrarie. Jugeant que la situation était de toute manière irrévocable, Sebastian Helder décida d’avertir son supérieur par une courte note de synthèse lors de son prochain rapport hebdomadaire. Ce serait amplement suffisant...
Une petite semaine séparait la discrète discussion avec Vilshofen (et l’envoi du rapport hebdomadaire) de l’après-midi studieuse que passait Sebastian Helder. A vrai dire, toute cette histoire faisait déjà partie du passé pour le responsable du 3è Bureau, qui travaillait dorénavant sur un possible nouvel emploi des doctrines d’assaut planétaire de la NVA. Il s’agissait avant tout de réduire les pertes en bombardiers tactiques en augmentant l’importance du bombardement orbital. Un protocole un peu moins efficace en terme de précision de tirs, mais qui pourrait épargner beaucoup de vies humaines pour la République. Quand Yuifan, sa secrétaire, le dérangea par le subcom, il perdit quelque peu le fil de ses pensées.
_ Quoi ?
_ Excusez moi, mais le generalfeldmarschall Ernst Jünger va démarrer une holoconférence privée dans votre bureau.
_ Pardon ??
Sebastian n’avait même pas finit de s’étrangler de surprise qu’une image holographique du commissaire du Peuple à l’armée s’activa dans la pièce. Par automatisme, Helder se leva et salua impeccablement l’apparition fantomatique de son supérieur. Si la technologie holographique accompagnait les habitants de Port-Romance au quotidien, se retrouver devant une image virtuelle de son supérieur avait quelque chose d’irréaliste, et de dérangeant pour Sebastian Helder. Les premiers mots de l’apparition ne firent rien pour calmer cette inquiétude.
_ Generalmajor Helder, je sors à l’instant d’une réunion de crise entre le Premier Commissaire du Peuple Iovanechko, le commissaire aux affaires étrangères Antonov Dimitriescu et moi-même. Autant vous dire tout de suite que nous sommes désagréablement surpris par vos dernières décisions.
_ . . .
_ Nous venons de perdre un temps précieux à revoir sous tous ses angles le Plan 8358 que vous avez classé sans nous avertir. Vos dissimulations, vos non-dits, et la légèreté avec laquelle vous avez traité cette affaire sont des fautes graves. Pensez-vous que le Premier Commissaire n’ai rien d’autre à faire de ses journées que de reprendre votre travail, Herr generalmajor ?
_ Nn... nnon... bien sûr que non.
_ Bien. Je vais vous expliquer quelque chose à présent.
Helder frissonna. Le ton de son interlocuteur n’était pas du tout engageant...
_ Le Gouvernement d’Union Nationale travaille sans cesse pour l’avenir de la République, et mène des opérations dont vous n’avez même pas idée. Il y a bien des choses qui dépassent votre simple compréhension, et votre travail ne représente qu’une petite partie de la politique de notre République qui s’intègre dans un plan d’ensemble. Vous me comprenez ?
_ Oui, Herr generalfeldmarschall !
_ Bien. Aussi à l’avenir je vous demanderais de ne plus penser pour nous, et surtout de ne plus préjuger de ce qui nous intéresse ou non. Contentez vous de faire votre travail, et de nous transmettre toutes les informations en votre possession. Nous ne pouvons plus nous permettre de perdre un temps précieux à découvrir par hasard les changements majeurs au sein de notre administration.
_ Oui, Herr generalfeldmarschall !
_ Je vais vous laisser une chance de vous racheter et de démontrer vos capacités à la tête du 3è Bureau. Vous avez une semaine pour prendre connaissance de nos modifications au Plan 8358, et mettre en place les préparatifs d’invasion. L’attaque aura lieu au prochain cycle, et inutile de vous dire que nous comptons sur un succès opérationnel rapide. Soyez efficace dans votre gestion, votre poste en dépend !
Sans un mot de plus, le generalfeldmarschall Ernst Jünger pris congé du generalmajor Helder. Toujours debout, Sebastian réalisait avec peine ce qui venait de lui arriver. Un cycle... il n’y avait vraiment plus de temps à perdre. Encore tremblant, il activa son subcom.
_ Yuifan, apportez moi une cafetière pleine de cet infect breuvage gurak...
Une fois assis, Sebastian commença sans tarder à rédiger les ordres de mission et de mobilisation des troupes. Organiser une conquête demandait une préparation minutieuse, et un cycle de ne représentait pas une bien grande marge. Certainement, les prochaines nuits d’Helder risqueraient d’être plus courtes que d’habitude...
Generalfeldmarschall : Grade militaire le plus élevé dans la hiérarchie de la NVA. Il correspond au rang de maréchal.
Generalmajor : grade militaire d’officier au sein de la NVA, équivalent au rang de général de brigade.
Stabshauptmann : grade militaire administratif de la NVA, équivalent au rang de « hauptmann » (ou capitaine). Réservé exclusivement au personnel administratif de l’armée.
UCE : United Corporation of Earth. Principale alliance raciale humaine, à laquelle la République de Port-Romance n’est pas affiliée.
GUN : Formé à l’issue de la Grande Guerre Civile pour retrouver l’unité de la nation déchirée, le Gouvernement d’Union Nationale est l’organe politique, composé des différents commissaires du Peuple, qui dirige Port-Romance.
Derniere édition le 2008-02-21-03-06 par RPS Port-Romance
_ Yuifan, il m’est pénible de devoir travailler par une température aussi fraîche. Veuillez remonter mon bureau de trois degrés tout de suite.
Le generalmajor Sebastian Helder était le responsable du 3è Bureau de l’OberKommando de la NVA. A ce titre, il s’occupait principalement de tout ce qui concernait l’extension territoriale de la République, et établissait les plans d’Etat-major pour les opérations militaires possibles. Un travail stratégique et d’une importance vitale pour la bonne marche de l’armée. Dans la pratique, l’espace territorial de la zone humaine étant solidement tenu sous le contrôle de la puissante UCE, et la République entretenant des relations cordiales avec les nations frontalières, il ne restait pas beaucoup d’opportunités de développement pour Port-Romance. Aussi, d’une manière logique et naturelle, le generalmajor Helder avait-il orienté l’axe principal des études de son 3è Bureau sur les rares planètes indépendantes du secteur : des proies faciles et un risque de conflit limité. Ce choix laissait cependant une perspective de croissance relativement faible, mais il fallait aussi savoir se contenter de ce qu’on avait lorsque la situation l’exigeait. Dans une galaxie où les alliances faisaient les empires, Port-Romance devait jouer des coudes pour simplement prétendre exister.
Ces derniers temps, le 3è Bureau se trouvait peu sollicité, travaillant sans pression. En effet, la NVA s’était engagée dans un important projet de réarmement spatial, et le dernier plan quinquennal avait donné la priorité aux actions du 2è Bureau, spécialisé dans l’équipement des forces armées, la logistique opérationnelle et l’intendance. On était donc bien loin de préparatifs d’attaque, et Helder goûtait à une tranquillité appréciée. Aussi fut il particulièrement irrité quand sa secrétaire le dérangea sur son subcom.
_ Herr generalmajor, le stabshauptmann Vilshofen souhaiterais s’entretenir avec vous immédiatement.
_ Et bien qu’il entre !
Affichant un air distant que seul l’ennui lui prêtait, Sebastian Helder accueillit son subordonné froidement.
_ Alors, qu’y a-t-il ?
_ Herr generalmajor, il semble que nous ayons un léger souci. Un de nos administrateurs a récemment modifié les données techniques d’un de nos plans d’expansion territoriale : le Plan 8358.
Le Plan 8358? Oui, Sebastian avait déjà lu ça quelque part. Faisant appel à sa remarquable mémoire, il chercha des détails plus précis sur ce projet parmi tant d’autres. Il concernait une petite planète sans histoire en bordure de la République. Un plan d’invasion devait effectivement traîner dans les cartons du 3è Bureau (comme pour toutes les planètes neutres alentours du reste), mais les responsables de l’OK-NVA n’avaient pas activé les préparatifs du Plan. A première vue, rien qui ne justifiait un tel remue-ménage. Helder s’impatienta un peu plus.
_ Et ensuite ? En quoi cela nous préoccupe t’il aujourd’hui ?
Hésitant, le stabshauptmann Vilshofen reprit son exposé.
_ Hé bien, en temps normal nous nous contentons simplement de corriger les nouveaux paramètres pour que le plan redevienne viable...
_ Je sais cela !
_ ... mais cette foi-ci, il apparaît que nous devions procéder à un abandon du plan en bonne et due forme. Les modifications concernent l’environnement du système, qui ne devrait cesser de se dégrader jusqu’à ce que la planète soit inhabitable, sont trop importantes et rendent toute conquête impossible.
Un abandon ? La mauvaise nouvelle ! La République disposait à l’origine de peu d’espace pour sa croissance, mais s’il fallait en plus se passer des possibilités d’expansion les plus proches, l’avenir géopolitique se compliquait sérieusement. Comble de malchance, les conclusions de son subordonné semblaient logiques. Peu convaincu, Helder essaya malgré tout de pousser la réflexion un peu plus loin.
_ D’où vous vient cette idée aussi extrémiste ? N’y a-t-il vraiment rien à faire ?
_ Nos espions sur place ont confirmé le rapport de la Commission Ecologique de l’Institut Galactique. Les modifications à apporter pour inverser la tendance coûteraient à moyen terme beaucoup plus cher que ce que nous espérions retirer de ce système, pour un résultat assez aléatoire. Le Commissariat du Peuple à l’économie ne débloquera jamais les crédits nécessaires pour ce genre de travaux. Autant étouffer tout de suite ce projet.
_ Alors l’affaire est entendue. Je vais devoir faire un mémo au commissaire du Peuple à l’armée, ce vieux ronchon d’Ernst Jünger, pour résumer la situation. Pas besoin de l’ennuyer avec des détails. Faites le nécessaire pour archiver le Plan 8358 en toute discrétion. Il vaut mieux qu’on ne pose pas trop de questions.
_ Oui, Herr generalmajor.
_ Qui d’autre est au courant que nous classons ce dossier ?
_ Seulement notre administrateur. L’interrogatoire du stabsoberleutnant qui a traité le dossier a révélé qu’il ne savait rien d’autre que les données publiques, et qu’il avait agi dans le cadre de son travail. Cependant, pour éviter qu’il puisse en apprendre davantage sur le projet 8358, il a été muté sur le monde frontière de Néo Karkhov.
_ Bien. Maintenez quand même une surveillance discrète sur ses activités et sa famille pendant quelques cycles. Il y a des risques que vous et moi ne pouvons courir, nicht war ?
_ Bien sûr, Herr generalmajor !
_ Disposez.
La petite entrevue se termina de manière aussi officieuse qu’elle avait commencé. Certes, Helder était rassuré sur le secret de ses plans, mais la nouvelle situation le mettait dans un désagréable embarras. La probabilité de devoir s’expliquer devant le generalfeldmarschall Ernst Jünger ne l’enchantait pas. Le commissaire du Peuple à l’armée, distingué Héros du Peuple de Port-Romance pendant la Grande Guerre Civile, n’aimait pas qu’on le contrarie. Jugeant que la situation était de toute manière irrévocable, Sebastian Helder décida d’avertir son supérieur par une courte note de synthèse lors de son prochain rapport hebdomadaire. Ce serait amplement suffisant...
**********
Une petite semaine séparait la discrète discussion avec Vilshofen (et l’envoi du rapport hebdomadaire) de l’après-midi studieuse que passait Sebastian Helder. A vrai dire, toute cette histoire faisait déjà partie du passé pour le responsable du 3è Bureau, qui travaillait dorénavant sur un possible nouvel emploi des doctrines d’assaut planétaire de la NVA. Il s’agissait avant tout de réduire les pertes en bombardiers tactiques en augmentant l’importance du bombardement orbital. Un protocole un peu moins efficace en terme de précision de tirs, mais qui pourrait épargner beaucoup de vies humaines pour la République. Quand Yuifan, sa secrétaire, le dérangea par le subcom, il perdit quelque peu le fil de ses pensées.
_ Quoi ?
_ Excusez moi, mais le generalfeldmarschall Ernst Jünger va démarrer une holoconférence privée dans votre bureau.
_ Pardon ??
Sebastian n’avait même pas finit de s’étrangler de surprise qu’une image holographique du commissaire du Peuple à l’armée s’activa dans la pièce. Par automatisme, Helder se leva et salua impeccablement l’apparition fantomatique de son supérieur. Si la technologie holographique accompagnait les habitants de Port-Romance au quotidien, se retrouver devant une image virtuelle de son supérieur avait quelque chose d’irréaliste, et de dérangeant pour Sebastian Helder. Les premiers mots de l’apparition ne firent rien pour calmer cette inquiétude.
_ Generalmajor Helder, je sors à l’instant d’une réunion de crise entre le Premier Commissaire du Peuple Iovanechko, le commissaire aux affaires étrangères Antonov Dimitriescu et moi-même. Autant vous dire tout de suite que nous sommes désagréablement surpris par vos dernières décisions.
_ . . .
_ Nous venons de perdre un temps précieux à revoir sous tous ses angles le Plan 8358 que vous avez classé sans nous avertir. Vos dissimulations, vos non-dits, et la légèreté avec laquelle vous avez traité cette affaire sont des fautes graves. Pensez-vous que le Premier Commissaire n’ai rien d’autre à faire de ses journées que de reprendre votre travail, Herr generalmajor ?
_ Nn... nnon... bien sûr que non.
_ Bien. Je vais vous expliquer quelque chose à présent.
Helder frissonna. Le ton de son interlocuteur n’était pas du tout engageant...
_ Le Gouvernement d’Union Nationale travaille sans cesse pour l’avenir de la République, et mène des opérations dont vous n’avez même pas idée. Il y a bien des choses qui dépassent votre simple compréhension, et votre travail ne représente qu’une petite partie de la politique de notre République qui s’intègre dans un plan d’ensemble. Vous me comprenez ?
_ Oui, Herr generalfeldmarschall !
_ Bien. Aussi à l’avenir je vous demanderais de ne plus penser pour nous, et surtout de ne plus préjuger de ce qui nous intéresse ou non. Contentez vous de faire votre travail, et de nous transmettre toutes les informations en votre possession. Nous ne pouvons plus nous permettre de perdre un temps précieux à découvrir par hasard les changements majeurs au sein de notre administration.
_ Oui, Herr generalfeldmarschall !
_ Je vais vous laisser une chance de vous racheter et de démontrer vos capacités à la tête du 3è Bureau. Vous avez une semaine pour prendre connaissance de nos modifications au Plan 8358, et mettre en place les préparatifs d’invasion. L’attaque aura lieu au prochain cycle, et inutile de vous dire que nous comptons sur un succès opérationnel rapide. Soyez efficace dans votre gestion, votre poste en dépend !
Sans un mot de plus, le generalfeldmarschall Ernst Jünger pris congé du generalmajor Helder. Toujours debout, Sebastian réalisait avec peine ce qui venait de lui arriver. Un cycle... il n’y avait vraiment plus de temps à perdre. Encore tremblant, il activa son subcom.
_ Yuifan, apportez moi une cafetière pleine de cet infect breuvage gurak...
Une fois assis, Sebastian commença sans tarder à rédiger les ordres de mission et de mobilisation des troupes. Organiser une conquête demandait une préparation minutieuse, et un cycle de ne représentait pas une bien grande marge. Certainement, les prochaines nuits d’Helder risqueraient d’être plus courtes que d’habitude...
**********
Generalfeldmarschall : Grade militaire le plus élevé dans la hiérarchie de la NVA. Il correspond au rang de maréchal.
Generalmajor : grade militaire d’officier au sein de la NVA, équivalent au rang de général de brigade.
Stabshauptmann : grade militaire administratif de la NVA, équivalent au rang de « hauptmann » (ou capitaine). Réservé exclusivement au personnel administratif de l’armée.
UCE : United Corporation of Earth. Principale alliance raciale humaine, à laquelle la République de Port-Romance n’est pas affiliée.
GUN : Formé à l’issue de la Grande Guerre Civile pour retrouver l’unité de la nation déchirée, le Gouvernement d’Union Nationale est l’organe politique, composé des différents commissaires du Peuple, qui dirige Port-Romance.
Derniere édition le 2008-02-21-03-06 par RPS Port-Romance
| " Un mort, c'est une tragédie. Un milion, une statistique. " |
Ce commandant posséde 21 systèmes solaires.
Ce commandant dirige environ 283,011 milliards de personnes.
La longue et lisse coque noire de l’Exelion, frappée aux armes de la NVA, avançait tranquillement dans le silence infini de l'espace, impériale, tandis que les chasseurs d'escorte finissaient de tailler en pièces les derniers satellites scanners de la planète Star-Spangled. Un simple exercice de tir, maintenant que la chasse adverse n’existait plus. Tout autour, quelques débris épars et calcinés flottaient ci et là, stigmates d'un engagement aussi court que désastreux pour les forces spatiales indépendantes de l’adversaire. Il n’avait en effet suffit que d’une petite demi-heure aux forces de la Spatialflotte pour prendre possession de l’espace spatial immédiat de Star-Spangled, prélude obligatoire à un bombardement orbital de grande ampleur et à une attaque planétaire en règle. Au même moment, le reste du Kampfgruppe Elhers prenait position autour du système, prêt à passer à l’action dès la fin du bombardement. La première phase de l’opération se terminait sans encombres, et l'étau se refermait comme prévu par le plan du 3è Bureau.
Bien assis dans son fauteuil de commandement sur la passerelle de combat de l’Exelion, le generaloberst Friedrich Elhers semblait proche d'un état ressemblant plus à la perplexité profonde plutôt qu'à l'euphorie de la victoire. Ce militaire de carrière dans l'ancienne armée de la FSU, survivant des effroyables combats à mort de la Grande Guerre Civile et promu au rang de generaloberst dans la toute nouvelle NVA, avait aussi participé aux âpres combats pour l'expansion de la République à ses débuts. Durant ce glorieux passé, il avait vu la mort en face plus d'une fois, et les horreurs de la guerre accompagnaient chacune de ses pensées. Et pourtant, rien de tout cela ne le préparait à ce qu'il vivait aujourd'hui : la victoire totale sur les forces ennemies, l'annihilation de l'adversaire sans autre forme de résistance qu'une vaine tentative de fuite. A présent, aucun renfort ne pouvait venir prêter main forte à ce reliquat de conscrits. Il soupira, pressé tout à coup d'en finir au plus vite. Bien malgré lui, il ne parvenait toujours pas à accepter cette victoire trop facile.
Le faible soleil rouge faisait luire d'étranges reflets du diable sur le noir mat du pont avant et des premières batteries lance-torpilles de l’Exelion. Friedrich se leva lentement et s'avança le long de la passerelle, jusqu'à la baie d'observation panoramique, pour admirer ce spectacle surprenant. Des flammes, pensa t’il. Des flammes venues tout droit de l’enfer, voilà ce que nous nous apprêtons à envoyer sur cette planète. Triste réalité. D’un haussement d’épaules, il chassa ces idées de son esprit. Soldat, il ne faisait pas de politique. Le generaloberst se retourna pour jauger de l’ambiance sur la passerelle de combat. Tous les feldwebels à leurs postes s'activaient consciencieusement sur les consoles de commandement, prêts à réagir à la moindre anomalie. Mais le destin semblait avoir décidé du sort de la bataille, et rien ne vint troubler la concentration établie dans le centre nerveux du navire amiral du kampfgruppe. Commençant à apprécier l'économie en vies humaines de ce type de conflit, Friedrich Elhers alla finalement se rasseoir.
_ Herr generaloberst Elhers ?
Son officier de liaison, le hauptmann Seidel, se présentait à lui.
_ Herr generaloberst, tous les abteilung sont maintenant en position géostationnaire. Nous sommes prêts à déclencher le bombardement orbital sur votre ordre.
Se permettant un léger sourire devant le sérieux de son jeune officier, Elhers s'oublia un instant. La facilité et le succès n'entamaient en rien leur efficacité, et il s'en félicitait intérieurement.
_ Une bien belle journée pour la gloire de la République, n'est-ce pas ?
Quelque peu surpris par cette entorse au protocole, Seidel n'en laissa néanmoins paraître qu'une légère hésitation. Après tout, l'opération était un succès retentissant.
_ Euh... certainement Herr generaloberst, gloire et honneur à notre grande République.
_ Bien. Transmettez l'holomessage suivant à l’OberKommando de la NVA, et tenez-vous prêt à ouvrir le feu.
De : Generaloberst Friedrich Elhers
A : Generalfeldmarschall Ernst Jünger
Objet : Kampfgruppe Elhers en 83-58 : assaut planétaire
Conformément aux ordres de bataille, avons pris possession de l'espace spatial du système 83-58. Combats sporadiques et faible résistance. Aucune perte à déplorer. Kampfgruppe déployé en directive d'assaut planétaire. Début de l'offensive imminente.
Fin de transmission.
Tandis que le hauptmann Seidel s'en allait vers sa console, Elhers ouvrit une fréquence sur le canal large à destination de toutes les abteilung.
_ Appel à toutes les abteilung de combat. Nous avons pris position autour du système Star-Spangled selon les prévisions. Nous allons maintenant déclencher la deuxième phase de l’opération : le bombardement orbital. Une fois terminé, l'offensive planétaire commencera dans la foulée. Soyez sur vos gardes. Au nom de la République, je vous souhaite bonne chance. Nous comptons sur vous. Terminé.
Sitôt son discours terminé, tout le monde pu observer à travers la baie d'observation les coups de départs des batteries : de larges traînées brillantes qui tombaient sur la planète comme de grosses gouttes de pluie. L'assaut final venait de commencer.
Patientant tant bien que mal dans le cockpit pressurisé de son DoTu-85s, le flieger Jorge Hansdürf avait entendu comme les autres pilotes de son abteilung l'annonce du generaloberst Elhers. Ayant rejoint son point de départ sans problème particulier, il attendait maintenant la fin du bombardement orbital pour passer à l’action. Le spectacle qui s’offrait à lui était saisissant : dans l’espace, les nombreux DoTu-17 en orbite basse crachaient leurs bombes sur Star-Spangled. De temps en temps, lorsqu’une cible demandait un peu plus de précision, un terrible rayon de mort s’abattait sur la planète tel un éclair. L’ambiance devait vraiment être terrible en bas. Un instant, Jorge imagina sa femme et ses enfants pris au piège sous un tel déluge. La terrible vision lui donna un haut-le-cœur qu’il ne pu retenir.
_ Ca va Jorge ?
Ian Brëta s’inquiétait. Ian était son copilote depuis plusieurs mois, et leur équipe marchait plutôt bien. Du moins si l’on se basait sur les résultats aux entraînements sur cibles factices.
_ C’est ok, j’ai juste avalé de travers.
Après plusieurs heures de ce traitement intense, la terrible armada stoppa enfin son feu. Le leader de l’abteilung activa l’interface d’affichage tactique dynamique. Ils allaient enfin passer à l’action ! Permutant le pilotage automatique pour reprendre les commandes de son vaisseau, il activa la combustion. Le petit bombardier se mit à trembler, prenant de la vitesse. Après une ultime vérification de sa trajectoire, Jorge poussa au maximum ses moteurs spatiaux et se sentit brusquement écrasé au fond de son siège. Derrière lui, son navigateur et kanonier ne pu étouffer un bref grognement. L'effet d’accélération n'était certes pas le plus agréable de tous. A mesure que la planète Star-Spangled grossissait, l'on distinguait plus nettement les structures humaines à la surface. L'intense éclat doré des moteurs à fusion qui fournissaient leur effort fut la dernière chose qu'il vit avant d'entrer dans l'atmosphère...
Aussitôt l'altitude de combat atteinte, le flieger Hansdürf alluma le moteur atmosphérique de son bombardier. Ce dernier prit le relais des propulseurs spatiaux dans une série de toussotements poussifs, avant de donner toute l'impulsion nécessaire à l'évolution du vaisseau. Tout autour d'eux, le paysage n'était que désolation : cratères et incendies ravageaient la surface de la planète. La légendaire efficacité du bombardement orbital faisait une nouvelle fois ses preuves, et pas un chasseur ennemi ne leur interdisait l'espace aérien. Comme à l'entraînement, pensa le kanonier Ian Brëta. Déjà, le premier objectif, un bâtiment connu comme une caserne militaire par les services secrets, ne ressemblait plus qu’à un amas de cendres...
_ Super-Six-Quatre à Leader, premier objectif atteint et validé. Passons à l'objectif suivant, terminé.
Le deuxième objectif consistait en un réseau de batteries AA, de conception vel-naos dépassée mais terriblement efficaces. Tout autour d'eux, l'air s’ionisait et la terre tremblait sous les déflagrations des bombes. Jorge restait vigilent, un tir ami arrivait malheureusement trop souvent. Ian s’occupait en consultant la carte stratégique : la nouvelle cible se trouvait en périphérie d’un petit village de campagne. Il faudrait viser juste pour ne pas risquer de toucher les civils survivants. Si la force était obligatoire pour s’emparer du système, la République emploierait ensuite tout son savoir à reconstruire une vie nouvelle et à éduquer une population libérée de ses chaînes. Mais pour cela, encore fallait-il que les autochtones survivent...
_ Objectif repéré. Cible en approche, prépare toi !
Alors que l'approche terminale touchait à sa fin, et qu'il s'apprêtait à ouvrir le feu, la milice locale couvrit la zone par ses défenses anti-aériennes d’un puissant tir de barrage. Jorge ne réalisa le danger qu’au dernier moment. Tentant une manœuvre d’évasion d’urgence, la salve de tirs adverses percuta de plein fouet le bombardier. Blessé à mort, la bête commença à devenir incontrôlable, tombant dans une vrille étourdissante. Le flieger Hansdürf usa de tout son talent pour reprendre le contrôle de l'appareil, mais la cause était entendue.
_ Super-Six-Quatre va s’écraser ! Je répète, Super-Six-Quatre va s’écraser !
_ Je bazarde les bombes et je coupe l’arrivée de carburant !
_ Accroche-toi, je vais essayer de me poser au pied de la montagne. Ca va secouer...
Après une chute vertigineuse, Jorge redressa l'assiette à une centaine de mètres à peine du niveau zéro, essayant tant bien que mal de maintenir l’appareil parallèle au sol. La terre ferme se rapprochait à une vitesse étourdissante. Pendant cette manœuvre suicide, le bombardier dépassa en un éclair un civil solitaire sur la montagne. Dans un réflexe, Hansdürf tourna la tête et croisa le regard étonné d’un adolescent. Ce regard fut la dernière vision de Jorge avant l’impact...
Les rapports d'engagements parvenaient successivement sur la console tactique du generaloberst Elhers. Conquête de points stratégiques, ennemis engagés et défaits, destructions de cibles... Enfin, le hauptmann Seidel annonça celui qui l'intéressait, et qu'il attendait depuis une heure déjà :
_ Herr generaloberst, le gouverneur planétaire, dépositaire de l'administration locale, a ordonné la reddition. Star-Spangled est officiellement sous contrôle républicain.
_ Parfait.
Une nouvelle opération s’achevait, rondement menée. Elhers pensait déjà aux décorations qu’il demanderait au generalfeldmarschall Ernst Jünger pour ses hommes. Seule ombre au tableau, onze bombardiers avaient été perdus pendant l’attaque planétaire. Un taux de pertes élevé. Pour eux aussi, Elhers devrait demander les décorations. Mais à titre posthume.
Generaloberst : Grade militaire d’officier au sein de la NVA. Equivalent au rang de général d’armée ou de groupe d’armées.
Feldwebel : Grade militaire de la NVA équivalent au rang de sergent-chef. Terme générique pouvant aussi servir à désigner un soldat de la troupe sans distinction de rang.
Flieger : Nom donné aux pilotes au sein de la Luftwaffe et de la Spatialflotte.
Kanonier : Nom donné aux soldats manipulant des armes lourdes dans la NVA.
Kampfgruppe : Echelon militaire de la NVA représentant une armée ou un groupe d’armées.
Abteilung : Echelon militaire de la NVA représentant une division.
Exelion : L’Exelion est un cuirassé de la NVA de type DoTu-52 « bear ». L’Exelion est également le navire amiral du kampfgruppe Elhers, commandé par le generaloberst Friedrich Elhers.
DoTu-17 : Première frégate d’attaque au sol de la NVA, issue des docks spatiaux de la firme d'Etat Dornier-Tupolev, le DoTu-17 représente la principale force de frappe planétaire standard de la NVA.
DoTu-85s : Le Dornier-Tupolev 85 auf S est un bombardier lourd (taille 2) conçu pour les actions d’appuis au sol et les frappes d’appoint.
Un DoTu-85s de la NVA prêt à décoller
Derniere édition le 2008-02-21-03-41 par RPS Port-Romance
Bien assis dans son fauteuil de commandement sur la passerelle de combat de l’Exelion, le generaloberst Friedrich Elhers semblait proche d'un état ressemblant plus à la perplexité profonde plutôt qu'à l'euphorie de la victoire. Ce militaire de carrière dans l'ancienne armée de la FSU, survivant des effroyables combats à mort de la Grande Guerre Civile et promu au rang de generaloberst dans la toute nouvelle NVA, avait aussi participé aux âpres combats pour l'expansion de la République à ses débuts. Durant ce glorieux passé, il avait vu la mort en face plus d'une fois, et les horreurs de la guerre accompagnaient chacune de ses pensées. Et pourtant, rien de tout cela ne le préparait à ce qu'il vivait aujourd'hui : la victoire totale sur les forces ennemies, l'annihilation de l'adversaire sans autre forme de résistance qu'une vaine tentative de fuite. A présent, aucun renfort ne pouvait venir prêter main forte à ce reliquat de conscrits. Il soupira, pressé tout à coup d'en finir au plus vite. Bien malgré lui, il ne parvenait toujours pas à accepter cette victoire trop facile.
Le faible soleil rouge faisait luire d'étranges reflets du diable sur le noir mat du pont avant et des premières batteries lance-torpilles de l’Exelion. Friedrich se leva lentement et s'avança le long de la passerelle, jusqu'à la baie d'observation panoramique, pour admirer ce spectacle surprenant. Des flammes, pensa t’il. Des flammes venues tout droit de l’enfer, voilà ce que nous nous apprêtons à envoyer sur cette planète. Triste réalité. D’un haussement d’épaules, il chassa ces idées de son esprit. Soldat, il ne faisait pas de politique. Le generaloberst se retourna pour jauger de l’ambiance sur la passerelle de combat. Tous les feldwebels à leurs postes s'activaient consciencieusement sur les consoles de commandement, prêts à réagir à la moindre anomalie. Mais le destin semblait avoir décidé du sort de la bataille, et rien ne vint troubler la concentration établie dans le centre nerveux du navire amiral du kampfgruppe. Commençant à apprécier l'économie en vies humaines de ce type de conflit, Friedrich Elhers alla finalement se rasseoir.
_ Herr generaloberst Elhers ?
Son officier de liaison, le hauptmann Seidel, se présentait à lui.
_ Herr generaloberst, tous les abteilung sont maintenant en position géostationnaire. Nous sommes prêts à déclencher le bombardement orbital sur votre ordre.
Se permettant un léger sourire devant le sérieux de son jeune officier, Elhers s'oublia un instant. La facilité et le succès n'entamaient en rien leur efficacité, et il s'en félicitait intérieurement.
_ Une bien belle journée pour la gloire de la République, n'est-ce pas ?
Quelque peu surpris par cette entorse au protocole, Seidel n'en laissa néanmoins paraître qu'une légère hésitation. Après tout, l'opération était un succès retentissant.
_ Euh... certainement Herr generaloberst, gloire et honneur à notre grande République.
_ Bien. Transmettez l'holomessage suivant à l’OberKommando de la NVA, et tenez-vous prêt à ouvrir le feu.
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De : Generaloberst Friedrich Elhers
A : Generalfeldmarschall Ernst Jünger
Objet : Kampfgruppe Elhers en 83-58 : assaut planétaire
Conformément aux ordres de bataille, avons pris possession de l'espace spatial du système 83-58. Combats sporadiques et faible résistance. Aucune perte à déplorer. Kampfgruppe déployé en directive d'assaut planétaire. Début de l'offensive imminente.
Fin de transmission.
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Tandis que le hauptmann Seidel s'en allait vers sa console, Elhers ouvrit une fréquence sur le canal large à destination de toutes les abteilung.
_ Appel à toutes les abteilung de combat. Nous avons pris position autour du système Star-Spangled selon les prévisions. Nous allons maintenant déclencher la deuxième phase de l’opération : le bombardement orbital. Une fois terminé, l'offensive planétaire commencera dans la foulée. Soyez sur vos gardes. Au nom de la République, je vous souhaite bonne chance. Nous comptons sur vous. Terminé.
Sitôt son discours terminé, tout le monde pu observer à travers la baie d'observation les coups de départs des batteries : de larges traînées brillantes qui tombaient sur la planète comme de grosses gouttes de pluie. L'assaut final venait de commencer.
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Patientant tant bien que mal dans le cockpit pressurisé de son DoTu-85s, le flieger Jorge Hansdürf avait entendu comme les autres pilotes de son abteilung l'annonce du generaloberst Elhers. Ayant rejoint son point de départ sans problème particulier, il attendait maintenant la fin du bombardement orbital pour passer à l’action. Le spectacle qui s’offrait à lui était saisissant : dans l’espace, les nombreux DoTu-17 en orbite basse crachaient leurs bombes sur Star-Spangled. De temps en temps, lorsqu’une cible demandait un peu plus de précision, un terrible rayon de mort s’abattait sur la planète tel un éclair. L’ambiance devait vraiment être terrible en bas. Un instant, Jorge imagina sa femme et ses enfants pris au piège sous un tel déluge. La terrible vision lui donna un haut-le-cœur qu’il ne pu retenir.
_ Ca va Jorge ?
Ian Brëta s’inquiétait. Ian était son copilote depuis plusieurs mois, et leur équipe marchait plutôt bien. Du moins si l’on se basait sur les résultats aux entraînements sur cibles factices.
_ C’est ok, j’ai juste avalé de travers.
Après plusieurs heures de ce traitement intense, la terrible armada stoppa enfin son feu. Le leader de l’abteilung activa l’interface d’affichage tactique dynamique. Ils allaient enfin passer à l’action ! Permutant le pilotage automatique pour reprendre les commandes de son vaisseau, il activa la combustion. Le petit bombardier se mit à trembler, prenant de la vitesse. Après une ultime vérification de sa trajectoire, Jorge poussa au maximum ses moteurs spatiaux et se sentit brusquement écrasé au fond de son siège. Derrière lui, son navigateur et kanonier ne pu étouffer un bref grognement. L'effet d’accélération n'était certes pas le plus agréable de tous. A mesure que la planète Star-Spangled grossissait, l'on distinguait plus nettement les structures humaines à la surface. L'intense éclat doré des moteurs à fusion qui fournissaient leur effort fut la dernière chose qu'il vit avant d'entrer dans l'atmosphère...
Aussitôt l'altitude de combat atteinte, le flieger Hansdürf alluma le moteur atmosphérique de son bombardier. Ce dernier prit le relais des propulseurs spatiaux dans une série de toussotements poussifs, avant de donner toute l'impulsion nécessaire à l'évolution du vaisseau. Tout autour d'eux, le paysage n'était que désolation : cratères et incendies ravageaient la surface de la planète. La légendaire efficacité du bombardement orbital faisait une nouvelle fois ses preuves, et pas un chasseur ennemi ne leur interdisait l'espace aérien. Comme à l'entraînement, pensa le kanonier Ian Brëta. Déjà, le premier objectif, un bâtiment connu comme une caserne militaire par les services secrets, ne ressemblait plus qu’à un amas de cendres...
_ Super-Six-Quatre à Leader, premier objectif atteint et validé. Passons à l'objectif suivant, terminé.
Le deuxième objectif consistait en un réseau de batteries AA, de conception vel-naos dépassée mais terriblement efficaces. Tout autour d'eux, l'air s’ionisait et la terre tremblait sous les déflagrations des bombes. Jorge restait vigilent, un tir ami arrivait malheureusement trop souvent. Ian s’occupait en consultant la carte stratégique : la nouvelle cible se trouvait en périphérie d’un petit village de campagne. Il faudrait viser juste pour ne pas risquer de toucher les civils survivants. Si la force était obligatoire pour s’emparer du système, la République emploierait ensuite tout son savoir à reconstruire une vie nouvelle et à éduquer une population libérée de ses chaînes. Mais pour cela, encore fallait-il que les autochtones survivent...
_ Objectif repéré. Cible en approche, prépare toi !
Alors que l'approche terminale touchait à sa fin, et qu'il s'apprêtait à ouvrir le feu, la milice locale couvrit la zone par ses défenses anti-aériennes d’un puissant tir de barrage. Jorge ne réalisa le danger qu’au dernier moment. Tentant une manœuvre d’évasion d’urgence, la salve de tirs adverses percuta de plein fouet le bombardier. Blessé à mort, la bête commença à devenir incontrôlable, tombant dans une vrille étourdissante. Le flieger Hansdürf usa de tout son talent pour reprendre le contrôle de l'appareil, mais la cause était entendue.
_ Super-Six-Quatre va s’écraser ! Je répète, Super-Six-Quatre va s’écraser !
_ Je bazarde les bombes et je coupe l’arrivée de carburant !
_ Accroche-toi, je vais essayer de me poser au pied de la montagne. Ca va secouer...
Après une chute vertigineuse, Jorge redressa l'assiette à une centaine de mètres à peine du niveau zéro, essayant tant bien que mal de maintenir l’appareil parallèle au sol. La terre ferme se rapprochait à une vitesse étourdissante. Pendant cette manœuvre suicide, le bombardier dépassa en un éclair un civil solitaire sur la montagne. Dans un réflexe, Hansdürf tourna la tête et croisa le regard étonné d’un adolescent. Ce regard fut la dernière vision de Jorge avant l’impact...
**********
Les rapports d'engagements parvenaient successivement sur la console tactique du generaloberst Elhers. Conquête de points stratégiques, ennemis engagés et défaits, destructions de cibles... Enfin, le hauptmann Seidel annonça celui qui l'intéressait, et qu'il attendait depuis une heure déjà :
_ Herr generaloberst, le gouverneur planétaire, dépositaire de l'administration locale, a ordonné la reddition. Star-Spangled est officiellement sous contrôle républicain.
_ Parfait.
Une nouvelle opération s’achevait, rondement menée. Elhers pensait déjà aux décorations qu’il demanderait au generalfeldmarschall Ernst Jünger pour ses hommes. Seule ombre au tableau, onze bombardiers avaient été perdus pendant l’attaque planétaire. Un taux de pertes élevé. Pour eux aussi, Elhers devrait demander les décorations. Mais à titre posthume.
**********
Generaloberst : Grade militaire d’officier au sein de la NVA. Equivalent au rang de général d’armée ou de groupe d’armées.
Feldwebel : Grade militaire de la NVA équivalent au rang de sergent-chef. Terme générique pouvant aussi servir à désigner un soldat de la troupe sans distinction de rang.
Flieger : Nom donné aux pilotes au sein de la Luftwaffe et de la Spatialflotte.
Kanonier : Nom donné aux soldats manipulant des armes lourdes dans la NVA.
Kampfgruppe : Echelon militaire de la NVA représentant une armée ou un groupe d’armées.
Abteilung : Echelon militaire de la NVA représentant une division.
Exelion : L’Exelion est un cuirassé de la NVA de type DoTu-52 « bear ». L’Exelion est également le navire amiral du kampfgruppe Elhers, commandé par le generaloberst Friedrich Elhers.
DoTu-17 : Première frégate d’attaque au sol de la NVA, issue des docks spatiaux de la firme d'Etat Dornier-Tupolev, le DoTu-17 représente la principale force de frappe planétaire standard de la NVA.
DoTu-85s : Le Dornier-Tupolev 85 auf S est un bombardier lourd (taille 2) conçu pour les actions d’appuis au sol et les frappes d’appoint.

Le kampfgruppe Elhers et l'Exelion en position d'assaut en orbite de Star-Spangled
Un DoTu-85s de la NVA prêt à décoller
Derniere édition le 2008-02-21-03-41 par RPS Port-Romance
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Ce commandant posséde 35 systèmes solaires.
Ce commandant dirige environ 876,193 milliards de personnes.
Kaanirdar observait la mer se dérouler sur l'immense plage de galets sur laquelle il attendait. Cette mer l'avait toujours fasciné, depuis bien avant son premier rite de croissance, alors qu'il avait à peine conscience du monde qui l'entourait. Pourquoi est ce que Gaïa avait trouvé nécessaire de créer autant d'immenses étendues d'eaux ? Tellement monotones, et pourtant, tellement belles dans leurs nombreux reflets et leurs murmures continus. Il regardait le soleil blanc se réverbérer sur la surface bleue vaguement ondulée. Un léger vent frais venait caresser son jeune crane lisse, pendant que de longs filaments d'algues venaient s'accumuler petit à petit sur ses pieds de marbre gris. Il n'avait pas grand chose d'autre à faire que d'attendre et de regarder, mais cela ne le dérangeait pas, bien au contraire. Le spectacle de la nature en action était pour lui d'un émerveillement sans borne, et, aurait il eu le choix, il y aurait passé ses journées. Et ses nuits, aussi.
Malheureusement, rares étaient les chrystaliens qui pouvaient se permettre de vivre de la simple contemplation. Sans oublier qu'il avait atteint l'age de maturité, l'age d'enfin se mettre au service de ses frères. Il restait à savoir comment, et lui même n'était pas vraiment fixé. Finirait il comme certains égarés, perdus dans la contemplation divine, jouant aux « Elus de Gaïa » ? Sûrement pas. Les religieux, à peine mieux considéré que des parasites dans les territoires de l'Arche, étaient pourtant respectés dans de nombreux autres domaines chrystaliens. Mais ici, ils étaient examinés avec mépris. Même le Terraformeur Arklolochaï, dont la légende disait qu'il avait survécu au virus cyberian à l'abri d'un cocon d'on'meldtet dédié à la méditation, n'avait que peu de respects pour le fait religieux. Du coup, rares étaient les vocations, et on n'y casait par défaut les éléments qui ne réussissaient pas à se rendre utile ailleurs. Ce qui n'améliorait pas forcément la réputation des adorateurs.
Alors, quel avenir serait le sien ? Ses amis avaient déjà choisis le leur : Eolmat dans les forces spatiales, à défier les lois de la gravité, Gamirn dans les équipes de terraformation, cherchant à donner un visage à Gaïa, Tulon en tant que guérisseur, fonction rare si il en était, chez un peuple dont tout les individus maîtrisaient les rites de guérison ... Quand à lui, il attendait les résultats de ses derniers examens. En tant qu' « opérateur de manutention de matériaux à forts potentiels ». Il ne s'était pas trop attardé à la signification de « matériaux à forts potentiels », et il ne tenait pas trop à le savoir, en fait. Il savait que de toute façon, il échouerais à cet examen comme à tout les précédents. Une histoire de manque de concentration, avaient dit ses professeurs, trop aimables pour formuler directement que leur élève avait imperturbablement la tête plongée dans les nuages. De forts jolis nuages, d'ailleurs, aux reflets bleutés qu'éclairait de biais le soleil couchant. Gaïa avait drôlement bien fait l'univers, quand même ...
Le soleil finissait de disparaître derrière les vagues quand il entendit le crissement lourd de pas qui écrasait les galets. Mireid, son sridisan, s'asseyant lourdement à ses côtés, venait lui apporter les résultats. Le regard bleu teinté de gris de son père lui appris son échec sans qu'il n'ait eut besoin d'émettre un mot. Ils restèrent là, tout les deux, sous les lunes, à regarder la mer se dévider interminablement, écoutant quelques poissons indistincts sauter de temps à autre hors de l'eau.
Mireid finit par se laisser tomber en arrière, envoyant voler au loin quelques éclats de galets martyrisés. « Qu'allons nous faire de toi, finalement ? As tu une idée de ce que tu veux faire, maintenant ? ». Kaanirdar ne répondit rien. Il n'y avait rien à répondre, et tout les deux le savaient parfaitement. « J'ai vu mon santet, aujourd'hui. Il aurait besoin de quelqu'un. Quelqu'un qui sache voir la beauté de Gaïa là où elle n'existe pas. Du moins, là où nous ne savons pas la voir. » Il laissa échapper un soupir. « Mais peut-être que toi, tu sauras. Si il a quelqu'un ici qui en est capable, c'est probablement toi. ». Son fils tourna un regard pourpre, inquiet, vers son géniteur qui reprit : « Nous allons t'envoyer loin de nous, mon solsan. Vers un peuple qui nous comprend à peine, et qui comprend encore moins ce qu'est le respect de Gaïa. Il va falloir que tu trouve chez eux l'étincelle de Gaïa, et il faudra la leur montrer. Et ça, ça n'est pas gagné ... ».
| "Si la pierre tombe sur l'oeuf, malheur à l'oeuf. Si l'oeuf tombe sur la pierre, malheur à l'oeuf." |
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