Date stellaire 3081-7-5
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Ce commandant posséde aucun système solaire.
Ce commandant dirige environ personne.
Parce que les neutres aussi ont leur sensibilité...
Texte complet
"J'exige immédiatement des explications! Cette situation est tout bonnement intolérable!"
L'ambassadeur Dudley Shin se tenait debout à l'entrée, le souffle court et les jambes tremblantes. Nervosité ou fatigue due à la marche, Somat n'aurait su dire. Mais il doutait sérieusement que le petit homme replet aux escarpins vernis ait apprécié la ballade sur le sentier escarpé menant à la demeure du Planartiste.
Le chrystalien quant à lui était assis en tailleur et s'adonnait à un de ses loisirs favoris, la réalisation de dessins de sables colorés. Devant lui, les grains multicolores formaient déjà l'ébauche d'un paysage aux teintes chaudes. Il aimait passer ainsi un peu de temps chaque jour, tout autant pour le plaisir de créer que pour se libérer l'esprit du poids du pouvoir.
Précautionneusement, Somat déposa la fine poudre rouge qu'il avait en main dans un sachet de cuir et ensuite seulement prit la peine de lever les yeux vers l'humain.
L'ambassadeur, les yeux bridés et de long cheveux lustrés, portait une tunique blanche qui descendait à mi-cuisse et un pantalon de soie noire. Une ceinture de la même couleur lui ceignait la taille, mettant peut être un peu trop en valeur un ventre légèrement proéminent.
Sans être à la dernière mode de Quetta, nettement plus colorée, l'ensemble était luxueux et d'un bon goût classique, tout du moins selon les normes locales.
"Sans vouloir vous offenser ambassadeur, je ne suis pas sûr que vous ayez choisis le meilleur ton pour commencer cette entrevue?"
Shin pinça les lèvres mais ne dit rien.
"Je vous en prie, asseyez-vous?"
L'humain chercha des yeux une chaise qui n'existait pas. Il finit par se résigner et s'assit comme son hôte en tailleur sur le sol sablonneux, cachant assez mal son inquiétude pour l'état futur de son pantalon.
"Excusez-moi pour cette entrée en matière abrupte, mais vous comprendrez bien qu'avec cette situation délicate, nous soyons quelque peu tendus?"
Le ton de l'humain n'exprimait guère de contrition, mais on y devinait effectivement la tension.
"Vos excuses sont acceptés. Par contre j'ai bien peur que je ne sois guère en mesure de vous donner d'explications supplémentaires : la situation n'est-elle pas dors et déjà on ne peut plus claire?"
Quelques semaines auparavant les flottes flambant neuves de la MSP, la Marine Spatiale Planartistique, étaient entrée dans le système de Quetta et avait pris le contrôle de l'orbite de la planète éponyme. Un ultimatum avait alors été adressé au gouvernement local, par principe car il était peu probable qu'il soit accepté.
"Vous ne pouvez pas nous demander comme ça, sans raison, de renoncer à notre souveraineté! C'est de l'impérialisme pur et simple!"
"Oui."
Shin, qui reprenait déjà son souffle pour une autre tirade enflammée fut visiblement décontenancé par la remarque. Clignant des yeux comme pour s'assurer qu'il était bien éveillé, il demanda d'une voix troublée :
"Pardon?"
Somat ne put s'empêcher de sourire légèrement. Une lueur bleu-vert dans ses yeux soulignait son amusement.
"Je disais que oui, il s'agissait bien d'impérialisme."
"Et bien, vous excuserez mon étonnement mais je ne m'attendais pas à voir une nation chrystalienne adopter une telle doctrine."
"Nous ne sommes pas membres de la Pax Eternalis et les guerres successives ont fait évoluer bien des mentalités. D'ailleurs même la Pax ne manifeste guère de scrupules à s'étendre aux dépends des mondes indépendants? Mais je fais un bien piètre hôte. Désirez-vous boire quelque chose?"
"Avec plaisir."
"Un jus de fruit vous conviendrait-il? Je regrette de ne pouvoir vous proposer quelque chose de plus élaboré, mais comme vous le savez, les chrystaliens n'ont guère d'intérêt pour l'alcool alimentaire."
"Cela conviendra parfaitement."
Plus à l'aise dans les banalités mondaines, le diplomate reprenait enfin une contenance.
Le Planartiste joua un instant avec un banal disque de pierre blanche qui reposait jusque là sur le sol, et quelques instants plus tard une petite table anti gravité pénétra dans la pièce et se posa sans bruit entre les deux interlocuteurs.
Sur le marbre vert reposaient quelques bouteilles de verre soufflées à la main aux formes tarabiscotés. L'humain se décida pour une jus de Nyama, un fruit rouge local. Somat quand à lui se versa une coupe d'un liquide orangé aux reflets métalliques. Dudley Shin leva un sourcil interrogateur.
"Du ruskea. Cela contient entre autre du fer et du cuivre. Je pense que c'est l'équivalent chrystalien d'une liqueur, bien que les effets sur notre métabolisme n'est pas grand chose à voir avec celui de l'alcool sur le votre."
Ils burent quelques instants en silence. Finissant son verre le premier, c'est l'humain qui choisit de relancer la conversation :
"Pourriez-vous m'expliquer pourquoi vous désirez prendre le contrôle de Quetta? Peut être pourrions-nous parvenir à un arrangement?"
Texte complet
"J'exige immédiatement des explications! Cette situation est tout bonnement intolérable!"
L'ambassadeur Dudley Shin se tenait debout à l'entrée, le souffle court et les jambes tremblantes. Nervosité ou fatigue due à la marche, Somat n'aurait su dire. Mais il doutait sérieusement que le petit homme replet aux escarpins vernis ait apprécié la ballade sur le sentier escarpé menant à la demeure du Planartiste.
Le chrystalien quant à lui était assis en tailleur et s'adonnait à un de ses loisirs favoris, la réalisation de dessins de sables colorés. Devant lui, les grains multicolores formaient déjà l'ébauche d'un paysage aux teintes chaudes. Il aimait passer ainsi un peu de temps chaque jour, tout autant pour le plaisir de créer que pour se libérer l'esprit du poids du pouvoir.
Précautionneusement, Somat déposa la fine poudre rouge qu'il avait en main dans un sachet de cuir et ensuite seulement prit la peine de lever les yeux vers l'humain.
L'ambassadeur, les yeux bridés et de long cheveux lustrés, portait une tunique blanche qui descendait à mi-cuisse et un pantalon de soie noire. Une ceinture de la même couleur lui ceignait la taille, mettant peut être un peu trop en valeur un ventre légèrement proéminent.
Sans être à la dernière mode de Quetta, nettement plus colorée, l'ensemble était luxueux et d'un bon goût classique, tout du moins selon les normes locales.
"Sans vouloir vous offenser ambassadeur, je ne suis pas sûr que vous ayez choisis le meilleur ton pour commencer cette entrevue?"
Shin pinça les lèvres mais ne dit rien.
"Je vous en prie, asseyez-vous?"
L'humain chercha des yeux une chaise qui n'existait pas. Il finit par se résigner et s'assit comme son hôte en tailleur sur le sol sablonneux, cachant assez mal son inquiétude pour l'état futur de son pantalon.
"Excusez-moi pour cette entrée en matière abrupte, mais vous comprendrez bien qu'avec cette situation délicate, nous soyons quelque peu tendus?"
Le ton de l'humain n'exprimait guère de contrition, mais on y devinait effectivement la tension.
"Vos excuses sont acceptés. Par contre j'ai bien peur que je ne sois guère en mesure de vous donner d'explications supplémentaires : la situation n'est-elle pas dors et déjà on ne peut plus claire?"
Quelques semaines auparavant les flottes flambant neuves de la MSP, la Marine Spatiale Planartistique, étaient entrée dans le système de Quetta et avait pris le contrôle de l'orbite de la planète éponyme. Un ultimatum avait alors été adressé au gouvernement local, par principe car il était peu probable qu'il soit accepté.
"Vous ne pouvez pas nous demander comme ça, sans raison, de renoncer à notre souveraineté! C'est de l'impérialisme pur et simple!"
"Oui."
Shin, qui reprenait déjà son souffle pour une autre tirade enflammée fut visiblement décontenancé par la remarque. Clignant des yeux comme pour s'assurer qu'il était bien éveillé, il demanda d'une voix troublée :
"Pardon?"
Somat ne put s'empêcher de sourire légèrement. Une lueur bleu-vert dans ses yeux soulignait son amusement.
"Je disais que oui, il s'agissait bien d'impérialisme."
"Et bien, vous excuserez mon étonnement mais je ne m'attendais pas à voir une nation chrystalienne adopter une telle doctrine."
"Nous ne sommes pas membres de la Pax Eternalis et les guerres successives ont fait évoluer bien des mentalités. D'ailleurs même la Pax ne manifeste guère de scrupules à s'étendre aux dépends des mondes indépendants? Mais je fais un bien piètre hôte. Désirez-vous boire quelque chose?"
"Avec plaisir."
"Un jus de fruit vous conviendrait-il? Je regrette de ne pouvoir vous proposer quelque chose de plus élaboré, mais comme vous le savez, les chrystaliens n'ont guère d'intérêt pour l'alcool alimentaire."
"Cela conviendra parfaitement."
Plus à l'aise dans les banalités mondaines, le diplomate reprenait enfin une contenance.
Le Planartiste joua un instant avec un banal disque de pierre blanche qui reposait jusque là sur le sol, et quelques instants plus tard une petite table anti gravité pénétra dans la pièce et se posa sans bruit entre les deux interlocuteurs.
Sur le marbre vert reposaient quelques bouteilles de verre soufflées à la main aux formes tarabiscotés. L'humain se décida pour une jus de Nyama, un fruit rouge local. Somat quand à lui se versa une coupe d'un liquide orangé aux reflets métalliques. Dudley Shin leva un sourcil interrogateur.
"Du ruskea. Cela contient entre autre du fer et du cuivre. Je pense que c'est l'équivalent chrystalien d'une liqueur, bien que les effets sur notre métabolisme n'est pas grand chose à voir avec celui de l'alcool sur le votre."
Ils burent quelques instants en silence. Finissant son verre le premier, c'est l'humain qui choisit de relancer la conversation :
"Pourriez-vous m'expliquer pourquoi vous désirez prendre le contrôle de Quetta? Peut être pourrions-nous parvenir à un arrangement?"
| Le nomade ne se met pas en marche s'il n'a pas une Terre promise à laquelle rêver [Jacques Attali] |
Ce commandant posséde aucun système solaire.
Ce commandant dirige environ personne.
Le chrystalien reposa lentement sa coupe sur la table.
"J'ai bien peur que cela soit impossible. Nous désirons Quetta car de toutes les planètes indépendantes à une distance raisonnable, elle est la seule que nous pouvons espérer prendre à l'heure actuelle. Et bien que cette situation devrait évoluer sous peu, votre monde reste un objectif des plus intéressants."
Les mains de l'humain tremblaient légèrement.
"Voyez-vous, nous avons cruellement besoin de ressources, notamment en matière de minerai, pour rattraper notre retard de développement au niveau international."
"Vous êtes loin d'être en retard, la majorité des mondes est loin de votre niveau de développement!"
"La majorité de quoi? Des mondes indépendants? La plupart sont en ruines suite à la guerre, et stagnent depuis des cycles à un niveau pré-spatial ou presque. Non, je parle des nations interstellaire."
"Il s'agit donc d'un objectif purement expansionniste?"
Somat soupira.
"J'ai déjà répondu à cette question tout à l'heure. Je comprends parfaitement votre sentiment, mais je pense que vous évaluez mal la situation internationale à l'heure actuelle. Quetta est refermée sur elle-même depuis la fin de la guerre contre l'UCE, et n'a même jamais connue les combats depuis que vous avez acheté la planète à la République de l'Etoile Pourpre au cycle 1573. Qu'avez-vous accompli pendant tout ce temps? Même votre marine marchande a dépérie au point d'être virtuellement inexistante."
"Nous avons appris à vivre en paix et en harmonie avec notre planète, vous autres chrystaliens devriez comprendre cela."
La voix grave du chrystalien moussu se fit cassante :
"Vous êtes passé au fil des siècles d'une idéologie écologique communautaire à une sorte de féodalisme autoritaire qui a réduit la dimension environnementale à un imbécile refus du développement. Vos Pères fondateurs auraient honte de ce que leurs descendants sont devenus?"
L'ambassadeur manqua de se lever sous l'effet de l'indignation :
"Comment osez-vous parler ainsi de notre culture et de nos Pères Fondateurs! Vous insultez leur mémoire!"
"Et vous, vous êtes victime de votre propre propagande. A force de réécrire l'histoire vous en avez oublié vos racines?"
L'humain ouvrir la bouche pour répliquer mais le Planartiste le coupa :
"La vente de Quetta est encore fraiche dans nos mémoires chrystalines. Nous nous souvenons des colons du Fleur de Mai et de leurs idées si différentes des corporations de leurs frères de race. Pourquoi croyez-vous que l'Etoile Pourpre a accepté la vente?"
Sentant, un peu tard, que le sujet ne le mènerai nul part, Shin changea de tactique :
"Si c'est des ressources que vous désirez, nous pourrions mettre sur pied un programme d'échange : fer, uranium, matériaux rares, tout cela peut facilement être exporté n'est-ce pas?"
"Je vois que vous ne comprenez pas. Il ne s'agit pas juste de matières premières, mais d'infrastructures, de profondeur stratégiques, et de ressources 'humaines' si je puis me permettre l'expression. Technologie, chantier spatiaux, force de travail. Nous avons besoin de tout cela pour atteindre la masse critique qui nous permettra d'exister face aux menaces de toute sorte."
"Des menaces? Les cybérians sont loin?"
Pour seule réponse, le chrystalien activa quelque mécanisme caché. Des petites sphères se formèrent alors à partir du sable-cristal mêlé aux grains normaux qui recouvraient le sol et bientôt une multitude d'étoiles miniatures flottaient à travers la pièce. Un halo rouge mettait en valeur Quetta et les planètes du Clan Planartiste.
"Nous sommes ici. Et là?"
Des points argentés apparurent non loin.
"? se trouvent les premières flottes cybérianes."
L'humain déglutit.
"De simples missions de reconnaissance je pense, les cybérians professent leur pacifisme nouveau et si je ne demande qu'à les croire, il faudra du temps pour vérifier leur sincérité."
D'autres indications apparurent sur la carte tridimensionnelle.
"Les marques orangés sont les territoires et les flottes Lordhs. Certains tensions sont apparues récemment avec une nation chrystalienne tierce. Rien qui nous implique directement, mais les amalgames sont toujours possibles? Ici, la zone d'expansion Vel Noas. Peu de risques, mais il y a un certain potentiel pour d'éventuels conflits?"
L'exposé continua ainsi quelques minutes.
"Les cartes de la galaxie sont en train d'être redessinées ambassadeur, et nous n'avons pas envi de disparaitre au sein de quelque empire en formation."
"Et pour cela vous voulez nous faire disparaitre dans le votre?"
Le ton de l'humain était on ne peut plus désabusé.
"J'ai bien peur qu'en l'occurrence il s'agisse de manger ou être mangé mon cher. Et en toute honnêteté, votre population n'a guère à s'inquiéter, le Clan est réputé pour sa tolérance et ses capacités d'intégration."
"Si nous nous soumettons sans combattre, accepteriez-vous un statut du type protectorat nous permettant de garder nos institutions?"
C'était sans doute la dernière carte du maigre jeu du diplomate.
"Je vous ai déjà dis ce que je pensais de votre régime?"
Shin resta un long moment silencieux, le regard perdu dans le vide. Le chrystalien en profita pour finir sa coupe.
"Des millions de personnes vont mourir pendant les combats?"
"Des millions de vos 'mahars' meurent chaque cycle sous le poids de votre système de caste, je ne pense donc pas que l'annexion de Quetta sera réellement si couteuse en vies à terme?"
L'humain oscillait entre colère et désespoir.
"Vous dites cela, mais même si notre système politique était différent, vous nous envahiriez!"
"Oui, mais je n'ai jamais prétendu que nous étions les gentils de l'histoire n'est-ce pas? Je fais ce qui est nécessaire pour mon peuple, avec autant de compassion qu'il m'est possible d'en accorder aux autres."
"Ce n'est pas une excuse!"
Doucement, le Planartiste répondit :
"Je ne cherche pas à excuser mes choix. Je vous les explique puisque vous êtes venus pour cela. N'est-ce pas ce que vous avez demandé en entrant, des explications?"
"Je n'obtiendrais rien d'autre n'est-ce pas?"
"Non."
Lentement Dudley Shin se leva. Il épousseta son pantalon d'une main distraite et se dirigea vers la sortie.
"Saluez votre frère le Patriarche de ma part. Nous nous verrons bientôt s'il survit aux combats."
L'humain répondit d'un ton cassé.
"Ce sera fait?"
Puis sans autre formalité, il s'en alla par là où il était venu.
"J'ai bien peur que cela soit impossible. Nous désirons Quetta car de toutes les planètes indépendantes à une distance raisonnable, elle est la seule que nous pouvons espérer prendre à l'heure actuelle. Et bien que cette situation devrait évoluer sous peu, votre monde reste un objectif des plus intéressants."
Les mains de l'humain tremblaient légèrement.
"Voyez-vous, nous avons cruellement besoin de ressources, notamment en matière de minerai, pour rattraper notre retard de développement au niveau international."
"Vous êtes loin d'être en retard, la majorité des mondes est loin de votre niveau de développement!"
"La majorité de quoi? Des mondes indépendants? La plupart sont en ruines suite à la guerre, et stagnent depuis des cycles à un niveau pré-spatial ou presque. Non, je parle des nations interstellaire."
"Il s'agit donc d'un objectif purement expansionniste?"
Somat soupira.
"J'ai déjà répondu à cette question tout à l'heure. Je comprends parfaitement votre sentiment, mais je pense que vous évaluez mal la situation internationale à l'heure actuelle. Quetta est refermée sur elle-même depuis la fin de la guerre contre l'UCE, et n'a même jamais connue les combats depuis que vous avez acheté la planète à la République de l'Etoile Pourpre au cycle 1573. Qu'avez-vous accompli pendant tout ce temps? Même votre marine marchande a dépérie au point d'être virtuellement inexistante."
"Nous avons appris à vivre en paix et en harmonie avec notre planète, vous autres chrystaliens devriez comprendre cela."
La voix grave du chrystalien moussu se fit cassante :
"Vous êtes passé au fil des siècles d'une idéologie écologique communautaire à une sorte de féodalisme autoritaire qui a réduit la dimension environnementale à un imbécile refus du développement. Vos Pères fondateurs auraient honte de ce que leurs descendants sont devenus?"
L'ambassadeur manqua de se lever sous l'effet de l'indignation :
"Comment osez-vous parler ainsi de notre culture et de nos Pères Fondateurs! Vous insultez leur mémoire!"
"Et vous, vous êtes victime de votre propre propagande. A force de réécrire l'histoire vous en avez oublié vos racines?"
L'humain ouvrir la bouche pour répliquer mais le Planartiste le coupa :
"La vente de Quetta est encore fraiche dans nos mémoires chrystalines. Nous nous souvenons des colons du Fleur de Mai et de leurs idées si différentes des corporations de leurs frères de race. Pourquoi croyez-vous que l'Etoile Pourpre a accepté la vente?"
Sentant, un peu tard, que le sujet ne le mènerai nul part, Shin changea de tactique :
"Si c'est des ressources que vous désirez, nous pourrions mettre sur pied un programme d'échange : fer, uranium, matériaux rares, tout cela peut facilement être exporté n'est-ce pas?"
"Je vois que vous ne comprenez pas. Il ne s'agit pas juste de matières premières, mais d'infrastructures, de profondeur stratégiques, et de ressources 'humaines' si je puis me permettre l'expression. Technologie, chantier spatiaux, force de travail. Nous avons besoin de tout cela pour atteindre la masse critique qui nous permettra d'exister face aux menaces de toute sorte."
"Des menaces? Les cybérians sont loin?"
Pour seule réponse, le chrystalien activa quelque mécanisme caché. Des petites sphères se formèrent alors à partir du sable-cristal mêlé aux grains normaux qui recouvraient le sol et bientôt une multitude d'étoiles miniatures flottaient à travers la pièce. Un halo rouge mettait en valeur Quetta et les planètes du Clan Planartiste.
"Nous sommes ici. Et là?"
Des points argentés apparurent non loin.
"? se trouvent les premières flottes cybérianes."
L'humain déglutit.
"De simples missions de reconnaissance je pense, les cybérians professent leur pacifisme nouveau et si je ne demande qu'à les croire, il faudra du temps pour vérifier leur sincérité."
D'autres indications apparurent sur la carte tridimensionnelle.
"Les marques orangés sont les territoires et les flottes Lordhs. Certains tensions sont apparues récemment avec une nation chrystalienne tierce. Rien qui nous implique directement, mais les amalgames sont toujours possibles? Ici, la zone d'expansion Vel Noas. Peu de risques, mais il y a un certain potentiel pour d'éventuels conflits?"
L'exposé continua ainsi quelques minutes.
"Les cartes de la galaxie sont en train d'être redessinées ambassadeur, et nous n'avons pas envi de disparaitre au sein de quelque empire en formation."
"Et pour cela vous voulez nous faire disparaitre dans le votre?"
Le ton de l'humain était on ne peut plus désabusé.
"J'ai bien peur qu'en l'occurrence il s'agisse de manger ou être mangé mon cher. Et en toute honnêteté, votre population n'a guère à s'inquiéter, le Clan est réputé pour sa tolérance et ses capacités d'intégration."
"Si nous nous soumettons sans combattre, accepteriez-vous un statut du type protectorat nous permettant de garder nos institutions?"
C'était sans doute la dernière carte du maigre jeu du diplomate.
"Je vous ai déjà dis ce que je pensais de votre régime?"
Shin resta un long moment silencieux, le regard perdu dans le vide. Le chrystalien en profita pour finir sa coupe.
"Des millions de personnes vont mourir pendant les combats?"
"Des millions de vos 'mahars' meurent chaque cycle sous le poids de votre système de caste, je ne pense donc pas que l'annexion de Quetta sera réellement si couteuse en vies à terme?"
L'humain oscillait entre colère et désespoir.
"Vous dites cela, mais même si notre système politique était différent, vous nous envahiriez!"
"Oui, mais je n'ai jamais prétendu que nous étions les gentils de l'histoire n'est-ce pas? Je fais ce qui est nécessaire pour mon peuple, avec autant de compassion qu'il m'est possible d'en accorder aux autres."
"Ce n'est pas une excuse!"
Doucement, le Planartiste répondit :
"Je ne cherche pas à excuser mes choix. Je vous les explique puisque vous êtes venus pour cela. N'est-ce pas ce que vous avez demandé en entrant, des explications?"
"Je n'obtiendrais rien d'autre n'est-ce pas?"
"Non."
Lentement Dudley Shin se leva. Il épousseta son pantalon d'une main distraite et se dirigea vers la sortie.
"Saluez votre frère le Patriarche de ma part. Nous nous verrons bientôt s'il survit aux combats."
L'humain répondit d'un ton cassé.
"Ce sera fait?"
Puis sans autre formalité, il s'en alla par là où il était venu.
| Le nomade ne se met pas en marche s'il n'a pas une Terre promise à laquelle rêver [Jacques Attali] |
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