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 Le commandant (456) à envoyé un message le 13/03/2007 Cycle 2999-1-1
 Ce commandant posséde aucun système solaire.
 Ce commandant dirige environ personne.

[justifie]
Les textes suivants sont tirés de me travaux de ces dernières semaines. Il s'agit, selon les cas, de témoignage des survivants, de retranscription de télécommunications ou d'informations tirés des systèmes de surveillance du lieu où se déroulait la scène. La retranscription laissant parfois de la place à la subjectivité de l'auteur, je vous encourage à faire preuve d'esprit critique et à ne pas tirer de conclusions hâtives. Néanmoins il serait dommage de se fermer aux informations nouvelles portées par ces documents.
Note de l'historien Melzem sur le portail d'Histoire "Pierres du Temps", réseau Opale, Kanatipul.


La Main de Gaïa flottait doucement au dessus de la grande plaine Camuse, l'immense étendue presque sans relief qui couvrait une bonne partie du troisième continent de Kanatipul, l'Orad, dans l'hémisphère sud. Gigantesque, la Main de Gaïa ressemblait à une île égarée loin de la mer. Sa pierre blanche brillait au soleil et tranchait agréablement sur le fond de poussière rouge transporté par les puissants vents qui parcouraient la plaine.
Unique, elle était la fierté du Clan Planartist et il n'existait pas encore de mot pour décrire simplement sa fonction. Elle était donc la Main de Gaïa ou "la Main", lorsqu'on souhaitait faire plus court. Sur sa face supérieure, parmi la végétation luxuriante, on devinait des habitations, une petite ville pour loger les membres du Clan à l'ouvrage. La face inférieure laissait deviner sous diverses excroissances la multitude d'outil à la dimension des travaux titanesques que la Main était censée accomplir : excavatrices, lasers de découpes, puissants faisceaux tracteurs, équipement sismique, ? Tout ce qu'il fallait pour creuser le lit des fleuves, créer des vallées , redessiner une côte ou faire naître des montagnes. Mais ce n'était là que la partie la plus visibles des équipements de l'île blanche : au c?ur de la pierre se cachait d'immenses serres et fermes, des laboratoires biologiques et une armée de botanistes et zoologistes, de quoi étudier, adapter ou soigner n'importe quel écosystème. Il y avait de quoi être fier de travailler à son bord, et Teledin, justement, se sentait fier en la regardant grossir tandis que sa barge l'y ramenait à bon train.
Le chrystalien revenait tout juste d'une entrevue avec le gouverneur du système, un certain Mellelmone, où il avait obtenu l'autorisation d'utiliser la nouvelle variété de croche-roche que le Clan venait de mettre au point.
"Je suis sûr qu'ils n'ont rien compris" songea le Planartiseur en repensant à sa présentation. N'étant pas lui-même botaniste, il s'en était tenu pourtant au point essentiel : issu du croisement de différentes variétés de croche-roche des monts Salta, ce nouvel arbre aurait la vigueur nécessaire pour résister aux vents sans précédents qui parcourraient bientôt la nouvelle vallée que le clan aménageait dans le Manjaro, un ancien volcan perdu solitaire au milieu de la plaine. Teledin avait du réexpliquer plusieurs fois pourquoi la plante était incapable de pousser ailleurs que sur la roche noire du Salta ou du Manjaro, et qu'elle ne risquait donc pas de se répandre dans la terre rouge de la plaine. Finalement, l'autorisation avait été signée comme à contre c?ur par Mellelmone.
"Après toutes ces années, ils ne nous font toujours pas confiance?" Teledin était amer. La planartisation de Kanatipul était presque terminée, et hormis quelques aberrations imposée par la Fédération du Nuage d'Ozm, comme cette vallée pour une centrale éolienne dans le Manjaro par exemple, c'était un travail sans faute, une réalisation étonnante pour moins d'un siècle de travail. Mais malgré des décennies de résultats satisfaisants et une population aux anges, le gouvernement local tenait à vérifier chaque petit détail, à contrôler l'ensemble des opérations du début à la fin alors qu'il n'avait pas la moindre expertise dans le domaine. Les gouverneurs avaient succédés au gouverneurs et tous avaient appliqués la même politique de méfiance, comme si le Clan n'attendait qu'un instant d'inattention de leur part pour cacher quelque horrible surprise au c?ur de la capitale de leur fédération. Teledin aurait donné cher pour savoir pourquoi. Le Clan avait même pris la peine de faire venir la Main de Gaïa depuis Fleur de Roche où elle avait été construite plus d'un siècle auparavant. Que leur faillait-il de plus comme preuve de l'engagement sincère des membres du Clan à donner le meilleur d'eux-mêmes? Avaient-ils seulement la moindre idée du temps et des efforts que cela avait pris pour créer la Main, et a quel point elle était demandée à grands cris sur d'autre planètes en cours de planartisation?
Pour se vider l'esprit de ces griefs mainte fois ressassés, Teledin reporta son attention sur la plaine Camuse. S'étendant de la mer Orientale aux monts Salta, loin à l'ouest, la plaine était soumise à un vent puissant et continu qui, faute de relief pour le ralentir, la parcourait sans faiblir d'est en ouest avant de se briser sur le Salta.
Rien n'était jamais immobile sur la plaine : les forêts bruissaient en continu et les arbres courbés semblaient pouvoir se redresser à tout instant si jamais le vent décidait enfin de s'arrêter; les cultures, carrés verts et jaunes de plantes à longues tiges, dansaient aux fil des rafales; quant aux villes, de pierre et de cristal, elles se pliaient également à la volonté d'Eole, les bâtiments tout en courbes étant posés sur la plaine comme des milliers goutes d'eaux, fannions multicolores et bannières claquant au vent en plus.
Mais le ciel, plus que tout, était constamment en mouvement : plein de nuages bas gorgés d'eau, il ressemblait à quelque troupeau sans fin d'animaux fantasmagoriques et moutonneux lancé dans une fuite folle d'un danger inconnu et fonçant sans le savoir vers un péril plus grand encore. On pouvait en effet deviner loin à l'ouest une ligne sombre, là où les hautes montagnes du Salta stoppaient les impétueux nuages, les obligeant à se vider de leur eau et de leur substance pour espérer surmonter l'obstacle.
Perdu dans la brume et la pluie, découpé par des vents violents, le Salta était un lieu de fureur et de bruit ou ciel et terre livrait une bataille sans fin. Si personne ne vivait là, les paysages grandioses du massif attiraient beaucoup de randonneurs. Il était néanmoins fortement déconseillé aux rares résidents non chrystalien de la planète de s'y aventurer.
Sans voir eu lui-même l'occasion de travailler sur la plaine Camuse jusque-là ? il n'était même pas encore membre du clan à l'époque des premiers aménagements, Teledin connaissait bien les travaux menés ici par le Clan. Sur une terre rabotés par les vents, les planartistes avaient introduits des plantes nouvelles et robustes, créant ainsi forêts et champs; ils avaient choisis les sites et définis les règles d'urbanismes des villes qui désormais se dressaient à travers la plaine. Moins visible mais pas moins important, les sismologues du clan avaient ?uvrés sous le Salta pour que la magie des plaques tectoniques permette au massif de compenser régulièrement la terrible érosion qu'il subissait, désamorçant au passage ce qui aurait été un séisme destructeur quelques siècles plus tard. D'aride et désolé, la plaine était devenu vivante et accueillante, enfin, si l'on aimait le vent, tout en gardant son caractère et son unicité.
C'était un bon exemple de ce qui avait été fait à l'échelle de la planète sur Kanatipul : pas de grands changements, mais des aménagements par touches précises pour rendre viable ce qui ne l'était pas. Distraitement, Teledin se dit que la plaine Camuse mériterait de figurer dans une plaquette de présentation des activités du Clan Planartist.







Un verre d'eau à la main, Mellelmone faisait les cent pas dans son bureau, fulminant contre Teledin et tout ces foutus planartistes. Le Planartiseur avait gardé durant tout l'entretient ce petit sourire moqueur qui l'énervait tant, sans parler du ton pédant qu'il avait employé pour lui présenter son arbuste imbécile. Ils étaient tous comme ça, prétentieux, sûr de leur bon droit sous prétexte que la population leur apportait un soutient indéfectible quelque soit les idées tordues qu'ils voulaient mettre en ?uvre. La Fédération les avait pourtant engagés pour faire, pas pour avoir des idées. Mais il ne leur avait fallu que quelques semaines pour démonter les plans de terraformation soigneusement étudiés du gouvernement et les remplacer par leurs propres propositions de "planartisation". Que savaient-ils ces étrangers de ce qui était bon pour Kanatipul? Heureusement la vigilance constante des gouverneurs successifs avait probablement d'évité le pire, en examinant en détail chaque opération, chaque petite étape pour y éradiquer les milles et unes aberrations que généraient leurs idées fantaisistes.
Et que de ressources gâchées en temps de guerre! Jusque là épargnées par les combats, la Fédération du Nuage d'Ozm n'avait néanmoins pas attendu de voir les flottes cybérianes pour lancer son propre programme de défense. Les subsides avaient donc été coupé au projet de planartisation depuis quelques années maintenant, mais les planartistes poursuivaient leur tâche à l'aide de souscriptions populaires. Zalmen, un Planartiseur qui se prétendait versé en économie, justifiait les dons en focalisant les opérations de planartisation sur des aménagements aux retombées économiques à court terme. Sceptique, Mellelmone aurait préféré que ces souscriptions alimentent le budget de la défense.
On frappa à la porte. Un "entrez!" plus tard, son secrétaire, un chrystalien svelte et bien proportionné rentra dans la pièce. Le voir rappelait toujours à Mellelmone que lui même ressemblait à une espèce de barrique cristalline. Cela n'arrangea pas son humeur.
"Le professeur Nollman est là et demande à vous voir". Le secrétaire, sentant sans doute l'humeur du gouverneur, avait pris un ton aussi neutre que possible.
"Est-ce toujours à propos de ses histoires de marge de sécurité?"
"Je le crains?"
"Je n'ai pas de temps à perdre avec lui. Faites lui comprendre que cela ne sert à rien de revenir."
Le secrétaire acquiesça et sortit.
Nollman était, ou avait été, une sommité en matière de contrôle de la gravité. Mais il était vieux et ses jours de gloire étaient loin derrière lui. Cela faisait des mois que le professeur le harcelait, soutenant que le supercalculateur du projet Arche était sous dimensionné, contre l'avis du reste de la profession. "Trop juste pour parer à l'imprévu" disait le vieux chrystalien. Quel imprévu? Une planète ne risquait pas de se matérialiser dans le système à l'improviste!






Quelque part en orbite haute de Kanatipul, au sein d'un astéroïde aux formes bizarrement régulières, Reric, un chrystalien vert pâle, regardait tourner Kanatipul en attendant que son collègue place sa pierre sur la goban. Le jeu de Go, d'origine terrienne, était une des rares choses que les humains avaient réussis à importer efficacement au sein de la culture chrystalienne : ne s'agissait-il pas après tout d'un jeu où il fallait poser des "pierres"? Malheureusement pour les humains le Go était tout sauf une tête de pont commerciale et hormis quelques vieux plateaux, des gobans antiques, et quelques guides de maîtres renommé, il n'y avait pas là beaucoup d'argent à se faire. Mais populaire ou non, ça ne changeait rien au fait que son partenaire était atrocement lent à jouer lorsque venait son tour.
Kanatipul, elle, n'avait rien de lent. Parcourue en tout sens par des vents puissants, la planète offrait un spectacle toujours changeant. Sur un classique fond mêlant le vert, le bleu et le beige, un ballet enthousiaste de nuages dansait toute l'année sur des rythmes qu'eux seuls pouvaient entendre. Spirales, lignes, entrelacs complexes de toutes les formes et de toutes les tailles, l'ensemble avait un effet presque hypnotique et il était bien difficile d'en détacher le regard. Fasciné, Reric se promit, comme à chaque fois, d'en apprendre plus sur la météorologie si particulière de Kanatipul. Une histoire de différentiel de température avait-il entendu une fois, quelque chose comme ça.
"C'est bon, à toi" dit d'une voix morose son adversaire. Il ne devait pas être très content de sa situation dans le jeu. C'était compréhensible, à sa place Reric n'aurait pas aimé non plus.
Alors qu'il se tournait pour voir ce que Rayn venait de jouer, il repéra du coin de l'?il un changement dans le motif de mosaïques délicates qui décorait le mur du fond.
"Tiens, les sondes viennent d'envoyer leur rapport. Je vais y jeter un ?il?"
"Joue d'abord, ça me laissera le temps de réfléchir pendant mon tour sans que tu me jettes des regards noirs toute les dix secondes."
Reric joua donc rapidement un pierre avant de se diriger vers les mosaïques. Derrière lui, Rayn soupira, il n'avait pas l'air très optimiste sur ses capacités à redresser la barre.
Arrivé devant le mur, Reric appuya délicatement sur l'un des motifs et affichage holographique apparut soudainement devant lui. Le prisme émetteur était caché dans le plafond, Reric avait passé deux bonnes heures à le trouver un après-midi d'ennui.
Le chrystalien vert lut rapidement le rapport, puis, pour être sûr de ce qu'il venait de voir, le parcouru une deuxième fois plus lentement.
"Je suis sûr que ça ne servira à rien, mais bon, à toi de jouer? Reric?"
L'interpellé leva distraitement les yeux de son écran.
"Quelque chose d'intéressant dans le grand vide spatial?"
Reric répondit un petit sourire amer aux lèvres :
"Trois fois rien, juste une flotte cybériane en approche rapide?"







Mellelmone s'agitait tellement que le sable-cristal du petit terminal n'arrivait pas à suivre ses gestes. Son visage était flou, et ses bras se dissolvaient en espèce de poudre scintillante qui donnaient l'impression d'observer un tonneau dans une tempête de sable. Mais si l'image était comique, les propos du gouverneur avait fait passer à Voln toute envie de rire.
"Je me fiche que vous ne soyez pas prêt, vous avez cinq jours pour que ce système soit à des années-lumière d'ici."
"Mais?"
"Pas de 'mais' ou je ne sais quoi. Ce projet a déjà beaucoup trop de retard, nous devrions pouvoir partir sur le champs."
"Nous allons faire notre possible, mais je ne peux rien vous promettre."
"Je me fiches de vos promesses Vorn, ce que je veux c'est que nous partions. Vous n'avez pas l'air de réaliser qu'il ne s'agit pas juste d'un nième coup de pression pour que votre équipe se décide enfin à finir ce pour quoi nous la payons. Si vous ne réussissez pas, vous êtes mort, ce qui ne me dérangerait pas tant que ça si ça n'impliquait pas que je meurs avec vous."
Le directeur du projet Arche se força à prendre un ton posé et raisonnable.
"Mais la flotte fédérale est bien en orbite n'est-ce pas? C'est une des plus puissantes du secteur, elle n'aura sans doute aucun mal à repousser l'assaillant?"
"Elle est quatre fois plus petite que la flotte cybériane et inexpérimenté, bougre d'imbécile!"
"Alors elle ne sert à rien après toutes ces dépenses?"
Vorn ne put s'empêcher d'envoyer cette petite pique. L'Arche aurait été finie depuis longtemps sans toutes ces restrictions budgétaires mise en place en faveur de la flotte.
"Oh que si elle va servir, elle va tenter de s'assurer que vous avez bien cinq jours pour enfin finir votre travail et pas trois ou quatre. Qu'est-ce que vous croyez, que les cybérians nous ont donné des données précises sur leur vitesse de déplacement?"
Excédé, Vorn coupa la communication. Il avait trop de travail pour écouter plus longtemps ce zouave. Cinq jours donc?







"Que voulez-vous dire? Comment avez-vous pu perdre une flotte?"
La voix du gouverneur était exténuée, il ne semblait même plus avoir la force de paraître excédé.
"Et bien nos sondes ne la détecte plus. La Première Flotte Fédérale qui s'est placée sur une trajectoire d'interception en bordure de système par rapport à la dernière position cybériane connue. D'après nos estimations ils auraient du apparaître dans cette zone ce matin au plus tard."
"Et bien vous avez peut être surestimé leurs capacités de saut, avec un peu de chance sont-ils encore loin."
"J'espère monsieur."
Le gouverneur soupira.
"Aucune chance qu'ils aient mis ou point un truc pour sortir de l'hyperespace plus à l'intérieur du système? Ou ailleurs en bordure?"
Reric secoua la tête.
"Plus à l'intérieur nous les aurions détecté, et je pense que c'est impossible, même pour les cybérians. Ailleurs sur la bordure nécessiterait des ajustement de trajectoire et donc un délai. Si c'est cela, alors ils arriveront sans doute trop tard."
"Dans dix heures nous serons loin, l'Arche finit de charger ses accumulateurs. Si Gaïa le veut bien, nous nous tirerons de cette affaire indemnes."
"J'espère aussi gouverneur."
La communication se coupa.







Au c?ur d'une caverne miroitante, Vorn, nerveux, inspectait une dernière fois l'état du système de contrôle de l'Arche. Une quarantaine de chrystaliens entourés d'affichages holographiques débitant des colonnes de chiffres s'affairaient pour vérifier que rien ne viendrait perturber la délicate opération qu'était le déplacement d'un système stellaire. Au centre de la pièce, les douze piliers cristallin qui dissimulait le supercalculateur Topaze, un bijou d'optronique, brillaient doucement. Les accumulateurs venaient de finir de stocker la phénoménale quantité d'énergie nécessaire au processus. Oh, pas pour assurer le déplacement lui-même bien sûr, on ne bougeait pas une étoile avec le produit d'une petite épargne énergétique au niveau planétaire, que ce soit cinq jours ou cinq milles ans, mais ce serait suffisant pour initier et contrôler la réaction. Tout juste.
Vorn était toujours étonné qu'un phénomène si vaste, qu'une règle si fondamentale dans le ballet stellaire qui régissait la galaxie ait pu échapper aux autres espèces intelligentes. Peut être était-ce trop vaste pour eux justement? Pour les humains à la vue courte, c'était sans doute la réponse. Mais pour les Vel-Naos, anciens et posés, de grands scientifiques également, qu'en était-il? Lorsqu'il avait tenté d'expliquer le principe à un ami astronome Vel-Naos, brillant au demeurant, ce dernier s'était révélé incapable d'appréhender le concept. Ce qui n'était sans doute pas plus mal car, à postériori, cette petite discussion aurait sans doute été considéré comme de la traitrise par certains.
Beaucoup de chrystaliens en effet mettaient cette technologie sur le compte d'un don de Gaïa à ses enfants chrystaliens et voyaient d'un mauvais ?il l'idée même de l'utilisation du déplacement de système au service d'autre espèces. Quant à parler de transfert de technologie à qui que ce soit...
Vorn pour sa part n'aimait pas mêler mysticisme et science : il devait tout simplement y avoir quelque chose de particulier dans la façon de penser des chrystaliens qui expliquait la situation, rien de plus. Peut être un jour les sciences cognitives apporteraient-elles une explication satisfaisante.
Mais il était temps de passer aux choses sérieuses. D'un geste, Vorn fit signe de lancer l'Arche. Topaze d'une voix neutre entama le décompte :
"10"
"9"
"8"
"7"
"6"
"5"
"4"
Sur la console de Vorn, l'indicateur d'appel entrant s'afficha. Irrité, le directeur de l'Arche s'apprêtait à rejeter la communication avant de se rendre compte que c'était le directeur.
"3"
Il avait oublié de le prévenir que le déplacement allait débuter, ce n'était pas très malin.
"2"
Enfin, ce n'était pas très grave, assister à l'opération en direct devrait le distraire suffisamment pour éviter à Vorn un nouvel entretien désagréable.
"1"
Il décrocha donc.
"0, Séquence enclenchée"







Reric, nerveux, faisait les cent pas lorsque le rapport quotidien des instruments optique arriva. Lents et très directionnels, il ne servait généralement à rien d'essayer de les utiliser sans savoir précisément où regarder. Ils n'étaient donc pas utilisés pour les orientations militaire de la station spatiale mais intéressaient toujours les astronomes de Kanatipul.
Plus pour s'occuper l'esprit que par réel intérêt pour les jolies images d'étoiles, Reric ouvrit le rapport. Certains clichés étaient très réussis, et Reric en archiva quelques uns sur sa console personnelle. Un télescope en particulier était pointé vers une nébuleuse de toute beauté. On avait l'impression que quelqu'un avait tiré un voile nacré sur ce petit bout de voute céleste. Des étoiles plus proches la ponctuait de points brillants, rouges et bleus surtout, comme des gemmes éparpillées sur la table d'un orfèvre. Néanmoins, des petites tâches noires vers le centre gâchaient quelque peu l'effet d'ensemble.
"Avec un peu de chance ce sont des astéroïdes en vadrouille" songea Reric. Une image prise un peu plus tard devrait dans ce cas les voir disparaître, ou au moins se déplacer. Farfouillant dans le dossier, il finit par en tirer un cliché plus récent. Malheureusement, les tâches noires était toujours là, apparemment au même endroit. Appartenaient-elles à la nébuleuse dans ce cas? Elles semblaient trop nette pour ça, et elles avaient de drôle de forme de toute façon.
"Bizarre ça que je n'ai pas remarqué leur forme sur le premier cliché. Elles ont grossis?" Reric avait désormais un mauvais pressentiment. Rapidement, il réafficha l'image précédente. Les tâches étaient effectivement plus nette et plus grosse sur le second. Il n'y avait pas énormément d'explications possibles: elles se rapprochaient de Kanatipul. Les clichés suivant ne firent que confirmer ses soupçons.
Après avoir écrasé le bouton d'alarme de la station, Reric se retrouva connecté sur une ligne d'urgence avec le quartier-général des forces de défense, au sol. Sans laisser à son interlocuteur le temps de prendre la parole, il résuma la situation d'une voix hachée.
"Flotte cybériane en approche balistique par? 4429-0928-7392, position précise actuelle inconnue, probablement bientôt à portée."
"Comment ça, en approche 'balistique'?"
Avant que Reric puisse répondre, la communication fut soudain remplacée par du bruit blanc. L'instant d'après la station d'observation Sméon avait cessé d'exister.







Teledin était en train de gravir la face est du Manjaro lorsque la première explosion fit trembler le sol. Tournant lentement la tête, affreusement certain de ce qui venait d'arriver, le Planartiseur vit une un champignon de fumée monter à travers le ciel, déjà déformé par les vents imperturbables de la plaine. Bientôt d'autres explosions et d'autre champignons décorèrent le ciel d'un panache funèbre.
Un rire sans joie secoua un instant Teledin. Quelle chance! Du haut du Manjaro, il avait une vue imprenable sur la fin du monde?
Alors que les champignons se multipliaient, Teledin réalisa qu'ils étaient à la fois plus nombreux et plus petits que ce qu'ils auraient dû être. Des frappes nucléaires de précision? Sans doute ces fichus cybérian ne voulaient-ils pas trop abimer la planète que le Clan avait eu tant de mal à rendre viable. "C'est toujours agréable de savoir son travail apprécié" songea le Planartiseur, amer.
Mais cela ne servait à rien de rester là à regarder les bombes pleuvoir : mieux valait redescendre au camp et essayer d'avoir des nouvelles de la Main de Gaïa, partie refaire ses stocks d'eau et de nourriture dans une petite ville à une cinquantaine de kilomètre de la montagne. La descente allait être fastidieuse mais Teledin avait dans l'idée que ce n'était même pas la peine d'essayer d'utiliser les réseaux de télécommunication usuels. Habitués à travailler dans des endroits isolés, les planartistes disposent depuis longtemps de leurs propres infrastructures. Il y aurait donc ce qu'il fallait pour joindre la Main au camp, s'il y avait toujours quelqu'un à joindre?








"Réponse stimulation OK", continua Topaze, imperturbable face aux nouvelles du monde extérieur.
"Comment ça les cybérians sont là? On vient de lancer le déplacement!" la voix de Vorn avait quelque chose de désespérée. Si seulement il avait eut quelques minutes de plus, si seulement il n'avait pas fait cette dernière vérification!
Le ton du gouverneur quant à lui était bizarrement détaché :
"Ils ont coupés tout leurs systèmes pour entrer dans le système : antigravité, propulsions, boucliers, tout. Puis ils se sont laissés porté par l'inertie?"
Le vaisseau spatial standard était un véritable sapin de noël au niveau rayonnement énergétique, sans parler des hyperdrives qui laissaient des traces détectables à des années-lumière à la ronde? Néanmoins couper tout les systèmes revenait à transformer le meilleur des vaisseaux en cercueil interstellaire : les imprévus lorsqu'on était lancés impuissants à plusieurs centaines de milliers de kilomètres à l'heure avaient une forte tendance à se révéler létaux.
"Vague en approche. Transition dans :"
"Peut-on déplacer le système sans emmener la flotte cybériane avec nous?"
Bizarrement le ton calme du gouverneur mettait Vorn sur les nerfs.
"10"
"Je? je ne pense pas, l'Arche a été prévue pour déplacer un système entier, pas des morceaux. D'ailleurs je ne sais même pas comment elle va réagir à ces corps étrangers?"
"9"
Cette fois-ci le directeur semblait inquiet :
"Que voulez-vous dire? Qu'on risque de se percuter une autre étoile au passage pour la peine?"
"8"
"Non non?" Vorn passait frénétiquement d'un écran à l'autre sur sa console. Autour de lui son équipe s'affairait pour entrer les nouvelles données transmises en parallèle par le quartier-général.
"7"
"Expliquez-vous un peu!"
"6"
"Les compensations intra-système?"
"5"
"Quoi?"
"4"
"Les ajustements, entre les différents corps du système, planètes, étoiles, astéroïdes, tout ça?"
"3, données enregistrée, corrections en cours"
"?sont assez délicats, surtout entre éléments proches."
"2"
"Je ne m'inquiéterais pas si la flotte cybériane était, disons à un petit million de kilomètres?"
"1"
"Mais des corps inconnus aussi proche de Kanatipul, je ne sais pas si Topaze pourra ajuster à temps."
"0, la vague est sur nous, transition en cours."









Lorsque Teledin arriva enfin au camp de base au pied du Manjaro, il y régnait une atmosphère lugubre. Mais au vu des circonstance, difficile d'en tirer une quelconque conclusion sur le destin de la Main de Gaïa. Les planartistes étaient assis en cercle autour du cube sombre d'un émetteur-récepteur radio. L'un d'entre eux voyant le Planartiseur approcher la désigna d'un geste :
"Nous avons perdu le contact il y a cinq minutes environ."
Teledin savait quoi en conclure. Il s'assit à son tour dans le cercle. Après quelques instants de silence il entonna d'une voix douce le chant des morts. Un à un, les autres se joignirent à lui, ch?ur distordu de voix éraillés. L'émotion était là, mangeant les mots, cassant les notes. Mais peu à peu, comme si chacun trouvait dans le chant de son voisin quelque chose à quoi s'accrocher, le ton se fit plus juste et le tout plus harmonieux.
Soudain, Teledin se sentit comme tiré vers le bas par quelque force phénoménale. Surpris, il arrêta de chanter et regarda autour de lui. Les autres aussi s'étaient tus, perplexes. C'était comme si la gravité avait subitement augmenté de plusieurs degré d'intensité. La terre elle-même tremblait comme pour protester contre ce traitement inhabituel. Quelqu'un pointa du doigt, tant bien que mal, quelque chose dans le ciel, loin à l'horizon. Levant les yeux, le Planartiseur vit plusieurs formes sombres, de grande taille sans doute au vu de la distance, tomber à une vitesse folle vers le sol. D'immenses boules de feu accompagnèrent les impacts mais si elles firent vibrer le sol, cela se perdit dans le chaos sismique qui semblait augmenter d'intensité. Des craquements sinistres montaient du Manjaro et subitement Teledin se surprit à craindre que l'ancien volcan ne se réveille.
Tout à coup, le poids qui plaquait le chrystalien au sol se volatilisa. Mais avant même d'avoir eut le temps de pousser un soupir de soulagement, il se rendit compte avec horreur que le sol se dérobait désormais sous ses pieds. Ou alors que lui-même décollait du sol? Il s'écrasa soudain sur le sol, sans avoir eut le temps de trouver la réponse.
Quelques essais timides lui permirent de constater que la situation était redevenue normale, du point de vue gravitationnel tout du moins. Autour de lui, ses compagnons se relevaient péniblement à leur tour.
Quelque chose n'allait pas. Autour d'eux, la terre avait cessée de trembler mais de légères vibrations dans le sol laissaient à penser que plus loin, tout n'était pas terminé. Et puis la lumière avait quelque chose de bizarre, comme si le soleil était jeune à nouveau et brillait d'un enthousiasme débordant. L'air aussi troubla Teledin avant qu'il se rende compte que le vent s'était arrêté. Plus de vent? Sur Kanatipul? Sur la plaine Camuse? Que s'était-il passé?









Il fallut de longue semaines dans le chaos ambiant pour reconstituer les évènements tant bien que mal. L'Arche, à cours d'énergie suite à des ajustements imprévus, n'avait pas pu gérer correctement la sortie du système de la vague gravitationnelle. Kanatipul s'était retrouvée subitement propulsée en dehors de son orbite, tombant vers son étoile. Une dérivation d'urgence avait réussis à ramener suffisamment d'énergie au système pour enrayer le mouvement avant que la vague ne soit totalement passée. Topaze n'avait néanmoins jamais voulu redémarrer depuis.
C'était néanmoins le cadet des soucis de la population de Kanatipul. Les survivants des frappes nucléaires avait en effet du affronter tremblements de terre et tsunamis phénoménaux alors que la croute terrestre tentait tant bien que mal de résister aux forces auxquelles elle avait été soumise. Des tempêtes anthologiques suivirent, tandis que le climat s'adaptait douloureusement à la nouvelle orbite de la planète.
La fonte quasi-totale des pôles permit tant bien que mal aux mers et océans de compenser l'augmentation de l'évaporation due à l'accroissement de plus d'une quinzaine de degrés de la température moyenne. Si une petite zone tempérée subsistait tant bien que mal à coté de calottes glaciaires réduites à leur plus simple expression, l'essentiel de la planète était désormais un cimetière désertique de plantes et d'animaux morts.
Faune et flore en effet, dont l'essentiel des représentants étaient bien moins résistants que les chrystaliens, souffrirent énormément à toutes les étapes. Il était encore trop tôt pour faire un bilan précis mais les biologistes estimait à plus de quatre-vingt dix pourcents le nombre d'espèces disparues.
Quant à la flotte cybériane, l'essentiel avait été détruit lorsque la planète leur avait, littéralement, foncé dessus. Le reste, jugeant sans doute que ce qui restait de Kanatipul ne valait pas l'effort, était reparti d'où ils venaient.




Le nomade ne se met pas en marche s'il n'a pas une Terre promise à laquelle rêver [Jacques Attali]
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